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Ruben Um Nyobe : Discours devant l'ONU en 1952

Index de l'article

runMon parti a demandé à être entendu sur les trois points que j'ai mentionnés en réponse à la question posée par le représentant de la Belgique, car nous estimons que ces points sont de la plus haute importance pour que notre pays puisse progresser vers l'indépendance. Je voudrais remercier la Quatrième Commission de m'avoir autorisé à prendre la parole devant elle. Je sais que je dois être bref, mais comme certains membres ont fait des objections à ce que je sois entendu par la Quatrième Commission, j'estime que je dois donner quelques explications.

L'Assemblée territoriale a essayé d'user d'un subterfuge en protestant contre moi personnellement, à un moment où je n'avais pas encore été désigné pour représenter l'Union des populations du Cameroun. L'Assemblée territoriale a prétendu que l'U.P.C. n'était pas représentative, parce qu'aux dernières élections elle n'a obtenu aucun siège à l'Assemblée, que du fait que la Quatrième Commission entendrait un représentant de l'U.P.C., le prestige de ce parti au Cameroun se trouverait renforcé; et enfin que mon parti a violé les règles normales de procédure en présentant sa demande directement à la Quatrième Commission au lieu de passer par l'intermédiaire de l'Autorité chargée de l'administration et de la Mission de visite.

Comme l'ont reconnu les différentes Missions de visite et le représentant de la France, l'U.P.C. est le seul parti politique qui représente vraiment l'ensemble des populations du Cameroun. En outre, je parle au nom de l'Union des Syndicats Confédérés du Cameroun, qui est le syndicat le plus représentatif (15 000 membres) et qui est reconnu par le Gouvernement; au nom de la Solidarité Babimbi qui compte 60 000 adhérents ; au nom de l'Association camerounaise des Anciens combattants, de l'Association des Étudiants camerounais de France, qui a déclaré que toute personne qui contredirait mes déclarations ne parle pas au nom du Cameroun ; au nom de l'Union démocratique des Femmes du Cameroun, qui ne compte pas un grand nombre d'adhérents, mais qui est la seule organisation féminine du Territoire ; au nom d'un certain nombre d'autres secteurs de l'opinion publique qui ne sont pas encore organisés, et enfin au nom d'un mouvement d'indépendance du Cameroun sous administration britannique, le Kamerun United National Congress qui est sans aucun doute représentatif dans ce Territoire,

La Quatrième Commission a reçu un certain nombre de communications réaffirmant le fait que je représente une fraction importante de la population. L'Union des populations du Cameroun, pour prouver sa force, a organisé une réunion publique à Douala, le 1er novembre 1952, et elle a invité la Mission de visite à y assister. Cette réunion, pour laquelle une autorisation préalable avait été obtenue, a pourtant été interdite par les Autorités françaises. Je peux le prouver par des photographies que je tiens à la disposition des membres de la Commission. Mon voyage à New York a été rendu possible grâce à une souscription publique. L'U.P.C. a en mains tous les reçus, qu'elle pourra communiquer aux Nations Unies. Permettez-moi de citer un passage du magazine Paris-Match, qui montre que je suis le seul représentant dont le voyage ait été financé par souscription publique.

« Um Nyobè, leader de l'Union populiste du Cameroun, est attendu à New York où la Commission de tutelle présidée par son frère de race, Ralph Bunche, l'admettra au débat sur le mandat, en accusateur des puissances mandataires. Cinquante protestations sont d'ailleurs arrivées à Manhattan pour dire que les soussignés ont autant besoin d'être entendus qu'Um Nyobè, mais qu'ils n'ont pas, comme lui, l'argent nécessaire. L'OJV.tf. réfléchit aux moyens de faire disparaître cette inégalité. Elle paierait les voyages qu'il n'y aurait pas lieu d'en être surpris. »

Questions sur lesquelles porte l'audition :

1. Réunification du Cameroun

2. Position du cameorun vis-à-vis de l'Union française

3. Fixation d'un délai à la durée de tutelle

En novembre 1949 lors du passage de la première Mission de visite au Cameroun, l'Union des populations du Cameroun souleva dans ses différentes pétitions, toutes les revendications générales, intéressant les populations du pays. L'U.P.C. a poursuivi le même effort à la longue en envoyant aux Nations Unies toutes les revendications du même ordre, elle a eu notamment à élever à plusieurs reprises, des véhémentes protestations contre la politique réactionnaire suivie par le Gouvernement français à l'égard des populations autochtones. Plusieurs cas de mesures répressives, d'expropriations et surtout la pratique de la discrimination raciale comme la violation de nos droits les plus élémentaires ont été dénoncés avec précision et souvent sinon toujours, avec preuves à l'appui. Notre organisation a pu remarquer en prenant connaissance des débats du Conseil de tutelle, avec quelle légèreté pour ne pas dire avec quel cynisme le représentant de l'Autorité administrante réfutait maladroitement nos affirmations.

Cette situation imposait au gouvernent national camerounais, l'obligation de faire le point sur tous les problèmes d'ordre politique, économique, sociaux et culturels soulevés par les pétitions antérieures. Nous avons cependant décidé de concentrer nos efforts sur les trois questions mentionnées sur lesquelles notre organisation a demandé à être entendue par votre Commission.

Comme tout le monde le sait, les pays d'Afrique Noire ont vécu sous l'arbitraire le plus absolu depuis la pénétration des colonisateurs européens jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale qui a donné lieu, du moins théoriquement au remplacement du Pacte colonial par le Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Pour le cas particulier du Cameroun, le vague régime du Mandat était remplacé par le régime international de Tutelle qui ouvre à notre peuple la perspective d'accéder à son indépendance,

Mais la lacune fatale dans ces réformes d'après-guerre repose sur le fait que des populations depuis longtemps habituées à une soumission inconditionnelle devant les colonisateurs alors considérés comme des êtres supérieurs en raison même de leur origine et la couleur de leur peau allaient parler des droits de citoyens, de liberté, d'émancipation et d'indépendance devant leurs maîtres de jadis. C'est là qu'il faut rechercher l'origine du malaise qui règne aujourd'hui dans tous les pays colonisés. On comprendra qu'il est de nécessité impérieuse pour les Camerounais de s'organiser dans un vaste mouvement de masse, ne tenant compte que du seul désir des populations de lutter pour hâter l'émancipation du pays et son accession à l'indépendance, conformément au régime international de tutelle dont bénéficie le Cameroun. Les buts poursuivis par notre mouvement, formé en dépit des entraves de toutes sortes et qui fonctionne merveilleusement en dépit de la répression violente que les pouvoirs publics exercent sur ses militants et responsables, sont clairement définis dans nos statuts dont le texte remanié par le dernier Congrès a été remis à la Mission de visite. Des commentaires développés d'une part dans le journal de PU.P.C. « La Voix du Cameroun » et d'autre part dans une brochure intitulée « Conditions historiques du mouvement de libération dans les pays coloniaux », documents que je tiens à la disposition de votre Commission si vous en éprouvez la nécessité, font la lumière sur la clarté de notre programme comme sur l'indépendance organique et l'orientation de l'U.P.C.

Contrairement à certaines affirmations dénuées de tout fondement d'ailleurs, l'U.P.C. a été constituée et mène son action dans l'indépendance absolue vis-à-vis des partis politiques métropolitains. Son adhésion au Rassemblement Démocratique africain était dictée par des raisons impérieuses basées sur le fait que les populations d'Afrique Noire avaient des aspirations et qu'en dehors de notre situation particulière de pays sous tutelle, nous avions des revendications communes avec d'autres territoires dépendant comme nous de l'Autorité française et du ministère des Colonies par surcroît. Dans son rapport pour l'année 1951, le Gouvernement français prétend que l'U.P.C. est en « froid avec le R.D.A. depuis la séparation de ce dernier du parti communiste français ». Il s'agit là d'une affirmation tendancieuse pour ne pas dire calomnieuse. Les militants du R.D.A. comme de toute autre organisation ont le droit de porter des jugements sur la conduite de tel ou tel dirigeant ou responsable. La section camerounaise du Rassemblement Démocratique Africain a donc estimé que le président du R.D.A. Houphouët-Boigny avait fait fausse route en accordant sa confiance au Gouvernement, alors que des milliers de nos camarades notamment ceux de la propre circonscription d'Houphouët languissaient dans les bagnes de la répression et en faisant ainsi, nous ne ramenons pas la personne d'un homme, fut-il député et président du R.D.A., sous la même toise que le magnifique mouvement d'émancipation africaine. Voilà notre position et nous tenons des documents à la disposition de qui voudra les consulter. Nous en avons remis à la Mission de visite.

Ce que veut l'U.P.C.

a) Objectifs immédiats

1- Grouper les populations du Cameroun en menant une lutte résolue contre les divisions tribales, contre le racisme, contre toute discrimination basée sur les conceptions religieuses.

2- Instruire ces populations sur les libertés et sur les droits qui leur sont reconnus aussi bien par la Constitution française que par les actes internationaux.

3- Organiser les masses, les aider à revendiquer l'application des principes démocratiques découlant des réformes d'après-guerre, les aider également à lutter contre la violation des droits acquis et contre toute tentative de restauration des méthodes d'administration contraires au principe de la/primauté des intérêts des populations autochtones, prévue à l'Article 73 de la Charte des Nations Unies.

b) Revendications nationales

En premier: lieu, l'U.P.C. demande l'application loyale des principes édictés par le régime international de tutelle. Les autorités administrantes s'opposent avec acharnement, quelles que puissent être certaines apparences, au changement radical des méthodes d'administration qu'imposé le régime international de tutelle. La meilleure preuve de cette attitude est le désir farouche des autorités françaises et britanniques de maintenir coûte que coûte la division arbitraire du Cameroun, alors que nous considérons la réunification du Cameroun comme condition indispensable à l'accession de notre pays à son indépendance. Mais l'U.P.C. ne se borne pas à revendiquer la réunification, elle propose les méthodes d'administration qui peuvent découler de la réunification et propose les seules étapes utiles à franchir pour parvenir à l'indépendance complète, c'est pourquoi nous demandons la fixation d'un délai pour l'octroi de cette indépendance. Enfin, notre mouvement demande avec une particulière insistance, la suppression de toute mesure d'annexion envisagée dans les textes des accords de tutelle défendus par le docteur Aujoulat en 1946, alors que ce dernier représentait les colons du Cameroun. C'est dans cet ordre d'idée que le deuxième congrès de l'U.P.C., tenu à Éséka (Cameroun sous administration française) du 28 au 30 septembre de cette année a tenu à préciser la position de notre mouvement vis-à-vis du problème de l'Union Française.

L'U.P.C et les différentes couches de la population

L'Union des Populations du Cameroun exprime tout haut, ce que la majorité, l'immense majorité des Camerounais disent tout bas. Il n'y a pas de groupement d'autochtones foncièrement opposé à l'U.P.C. C'est par peur et par intérêt aveugle que certains éléments peuvent manifester une hostilité à l'égard de notre organisation. Les chefs supérieurs, qu'il s'agisse de semi-féodaux du Nord ou des chefs de canton dans la région forestière combattent notre organisation d'abord par ignorance, ensuite par intérêt aveugle. Par ignorance parce qu'un chef qui assisterait à une réunion de l'U.P.C. pour s'informer sur les buts que nous poursuivons s'exposerait à des sanctions administratives et menaces de toutes sortes. La preuve est que Djoumessi Mathias, chef traditionnel à Dschang n'a cessé d'aller en prison que lorsqu'il a officiellement renoncé à notre mouvement. Dans plusieurs autres localités, les chefs opposés à l'U.P.C. reçoivent les encouragements de tous genres de la part de l'administration. Ce fait a été signalé avec détail dans de nombreuses pétitions reçues par la Mission de visite. L'intérêt aveugle se traduit par deux aspects : les pouvoirs publics laissent croire aux chefs que la lutte contre l'U.P.C. et l'adhésion au parti administratif appelé «Évolution sociale camerounaise» (Ésocam) donne lieu à tous les privilèges. L'administration dit également aux chefs que l'U.P.C. veut anéantir leur autorité « traditionnelle » et qu'il est de leur propre intérêt de lutter contre ce «fléau». Les chefs croient ainsi et de bonne foi dans la plupart des cas d'une part que le mouvement national s'oppose à leurs intérêts et d'autre part que leur autorité est suffisante pour enrayer ce mouvement. Mais à la longue les chefs se rendent compte du jeu qu'on veut leur faire jouer. Ils ne peuvent néanmoins pas manifester ouvertement leur sympathie à notre organisation, ceci dans la crainte des représailles de la part de l'administration dont ils attendent tout (solde, crédit, décorations, promotions de toutes sortes, bons d'achat de fusil, etc.). C'est ainsi que l'administration a poussé plusieurs chefs à signer des pétitions soit pour désavouer nos revendications, soit pour s'opposer à ma venue à New York,

Les couches représentées par les fonctionnaires, commerçants, transporteurs ou commis des entreprises privées ont une réelle admiration pour notre mouvement, mais comme on le voit, aucune de ces différentes couches ne peut oser manifester publiquement des sentiments qui amèneraient l'administration à exercer sur elles des mesures de rigueur de toutes sortes.

Les cultivateurs et autres éléments de ce que nous appellerions prolétariat rural et qui se confond avec les chefs du dernier échelon appelés chefs de village ou de quartier trouvent en l'U.P.C. le seul interprète authentique de leurs légitimes aspirations, Après quelques moments d'hésitation basés sur la crainte des représailles, ces couches des villages s'affirment de plus en plus et constituent la base essentielle de nos forces.

L'élément ouvrier, de plus en plus nombreux dans les centres importants du territoire, se heurte à beaucoup d'entraves pour s'organiser syndicalement et politiquement. Le patronat exerce sur cet élément une pression et un chantage qui entretiennent une atmosphère de peur chez ces masses exploitées. La sympathie des milieux ouvriers pour notre mouvement s'affirme de plus en plus, comme le témoigne l'augmentation d'influence sans cesse de notre allié de lutte pour l'émancipation des masses, camerounaises : la Confédération Générale du Travail (Union des Syndicats Confédérés du Cameroun). Il est faux de dire que l'U.P.C. se confond avec l'Union des Syndicats, comme l'a affirmé l'administration dans son rapport aux Nations Unies pour Tannée 1950 (voir rubrique : « les partis politiques »). Il s'agit tout simplement de l'accord trouvé dans le terrain d'action par deux organisations qui luttent contre un adversaire commun. Le patronat est soutenu par l'administration et cette administration né peut mener une politique d'oppression nationale dans nos pays qu'en se servant des armes économiques et des moyens matériels détenus en grande partie par les entreprises privées. L'U.P.C. considère, et les militants syndicaux sont de cet avis, que l'émancipation économique de nos populations est impossible sans les conquêtes politiques nécessaires au progrès économique, social et culturel des habitants. Le devoir commande donc à notre organisation d'accorder tout son appui à tout groupement politique, social, culturel ou à toute personne luttant effectivement pour l'élévation de l'homme camerounais. Mais le gouvernement trouve le malin plaisir à s'opposer au droit qu'ont les travailleurs de tout pays de s'organiser comme ils l'entendent pour la défense de leurs intérêts les plus légitimes, et l'on se garde délibérément d'indiquer les attaches politiques des syndicats fantômes, tels que C.G.T.-Force Ouvrière, qui comptent 96 adhérents dans un territoire de plus de 500 000 travailleurs salariés, la Confédération des Travailleurs Chrétiens, et le syndicat mort-né appelé « Union des Syndicats Autonomes», dont le fondateur, un dissident de la C.G.T., fuit aujourd'hui les quelques éléments qui s'y étaient égarés.

Ainsi donc, les relations de l'Union des Populations du Cameroun avec d'autres organisations ou couches de la population ne se fondent pas sur on ne sait quelle doctrine extérieure imposée ou importée, mais sur l'action de telle organisation ou de tel individu à l'égard des populations du pays. J'ai l'avantage de déclarer ici que l'immense majorité de nos compatriotes nous exprime toujours son accord quand nous sommes dans nos paillotes en forêt ou en savane ; seule la répression réduit les gens au silence. Ajoutons qu'on a assisté à des surprises au cours de la campagne électorale lors des élections législatives du 17 juin 1951, lorsque le candidat de l'U.P.C., le plus modeste de tous en moyens matériels et le plus âprement combattu par le clergé catholique et l'administration, fut le seul à parcourir la circonscription électorale et à donner avec grand succès des conférences publiques dans tous les centres importants, alors que M. Douala Manga Bell, qui devait être déclaré élu au lendemain du scrutin, assistait à la dissolution par les électeurs, le 15 juin 1951, d'une réunion électorale organisée par lui dans sa propre résidence à Douala, II en fut de même dans de nombreuses autres localités. Si ce candidat a été déclaré élu malgré cette désapprobation populaire, c'est que les niasses du village qui représentent le gros du cops électoral croyaient que le travail forcé et l'indigénat avaient été abolis par ce personnage.

L'U.P.C. et l'administration

L'autorité administrante présente l'U.P.C. comme une organisation systématiquement opposée à l'administration, « prêchant la désobéissance », et s'appliquant à «dresser les Noirs contre les Blancs», comme il est dit dans le mémorandum remis par le gouvernement à la Mission de visite de 1949 (document publié par le Gouvernement français, page 14). Nous répondons à la page 10 de la brochure déjà citée, «Conditions historiques, etc. » (citation). Telle est définie en termes clairs, la position de l'U.P.C. vis-à-vis de l'administration et ceux qui nous demandent de préciser quelle autorité choisirions-nous en cas d'unification du Cameroun doivent se reporter à ce texte de notre brochure pour comprendre que l'U.P.C. ne choisit pas de puissance adminis¬trante, mais elle a à se prononcer sur tel ou tel mode d'administration comme je viens de l'exprimer en donnant lecture du passage de notre brochure. C'est pourquoi l'U.P.C. ne lutte pas contre l'administration ou contre des individus en raison de la nationalité. L'U.P.C. lutte contre les méthodes de colonisation qui retardent le progrès du peuple camerounais et lui enlèvent toute possibilité de cheminer véritablement vers son indépendance. Mais toutes ces appréciations se sont vérifiées au cours de ces derniers jours on a vu les représentants du Gouvernement français s'opposer avec violence à l'audition de PU.P.C. Par votre Commission.

L'U.P.C. et le clergé

Une explication se trouve également sur la page 10 de notre brochure. Cependant, pour montrer que les prêtres défendent une cause autre que celle de leur ministère, il nous est loisible de montrer ici la répartition des forces qui composent notre mouvement par affinités religieuses. Cette étude est basée sur la représentation à notre congrès de septembre dernier, où il y avait : catholiques, 36 ; protestants presbytériens, 36; protestants français, 12; églises baptistes camerounaises, 3 ; musulmans, 13 ; fétichistes, 37. Ce tableau démontre que l'U.P.C. ne fait aucune exclusion d'ordre religieux,

L'U.P.C dans les consultations populaires

Dans le rapport du Gouvernement aux Nations Unies pour l'année 1951, l'U.P.C. est présentée comme un mouvement aigri, n'ayant recueilli aux élections du 17 juin 1951 que 3 077 voix dans toute la circonscription, sur un total de 16 500 suffrages exprimés. Il faut d'abord relever une erreur qui sera comme une preuve des renseignements inexacts dont se sert souvent l'administration pour documenter les Nations Unies. Dans cette circonscription, M. Douala Manga Bell avait obtenu près de 40 000 voix, M. Djoumessi Mathias obtenait près de 20 000 voix, M. Kemadjou Daniel avait obtenu plus de 6 000 voix. En y ajoutant seulement les 3 077 voix qu'on a voulu attribuer au candidat de l'U.P.C, nous arrivons à un total de près de 70 000 voix, et il est curieux de voir que l'administration qui dirige le service des statistiques, n'arrive même pas à présenter avec une exactitude près, le recensement des élections effectuées sous son propre contrôle. Mais tout est permis quand il faut calomnier l'U.P.C., même si on doit falsifier à son détriment, car dans le cas qui nous occupe, c'est l'U.P.C. qui aurait eu intérêt à dissimuler les chiffres ; or, notre rôle est de présenter toutes les situations avec objectivité.

Il faut d'abord dire dans quelles conditions ces élections du 17 juin ont été organisées et comment elles se sont déroulées. La loi électorale est adoptée au Parlement français le 23 mai 1951 - - le décret d'application est pris le 24 mai - l'arrêté de promulgation est de même date, mais ne sera porté à la connaissance du public au Cameroun que le 26, et les candidatures ne sont recevables que jusqu'au 26 mai à minuit. Le Secrétaire général de l'U.P.C. qui se trouve en tournée arrive à Douala le 26 mai à 19 heures. Il dépose sa candidature à 20 heures, Deux courriers-avion organisés dimanche 27 ont pour but d'acheminer les documents relatifs aux candidatures aux élections. Mais délibérément, le chef de la division administrative, délégué du Haut-Commissaire refuse d'acheminer Pacte de candidature du Secrétaire général de l'U.P.C. et ne l'envoie à Yaoundé que le 29 mai, après le délai de forclusion, ceci pour qu'on n'ait pas affaire à la candidature « gênante » ; ce but est atteint et notre candidat se voit obligé de perdre une semaine à Yaoundé pour faire des démarches auprès du Conseil du contentieux, qui finit par déclarer la candidature recevable le 4 juin seulement, quand il ne reste à notre candidat en tout et pour tout que 12 jours pour circuler dans la circonscription et prendre utilement contact avec les électeurs.

Néanmoins, une forte sympathie s'était manifestée à l'endroit de notre candidat, d'abord par la vague de protestations qu'avait soulevé le rejet de la candidature, ensuite par la solidarité apportée à notre candidat par les électeurs qui Pavaient logé et nourri partout où il passait, alors que ses concurrents distribuaient centaines de milliers de francs et caisses de boissons alcooliques pour acheter la conscience des électeurs, ceci sous l'œil bienveillant sinon complice des autorités administratives. Par contre, tout était mis en œuvre pour faire obstacle au candidat de l'U.P.C. (confiscation des télégrammes annonçant les réunions, refus des salles publiques pour la tenue desdites réunions, etc., etc.).

Le jour du scrutin, les autorités administrantes, profitant du fait que les mandataires des candidats n'avaient pas l'expérience voulue pour surveiller les opérations et contrôler les opérations, commirent illégalités, sur illégalités, faisant voter les incapables et les mineurs pour grossir le nombre de voix du candidat administratif. Un exemple pris sur tant d'autres illustrera ce que nous avançons ; à Douala, 1 000 tirailleurs extraits de leur garnison hors de la circonscription électorale furent amenés à Douala le samedi 16 juin provenant de N'Gaoundéré (Nord-Cameroun) ils reçurent des cartes dans la nuit du 16 au 17 juin. Le 17 au matin, les 1000 tirailleurs étaient venus voter pour le candidat administratif sous la surveillance de leur commandant de compagnie. Ils étaient en tenue kaki. L'après-midi, les mêmes tirailleurs en tenue bleue viennent voter pour le candidat administratif, toujours sous la surveillance de leur commandant de compagnie, ce qui laisse supposer que ces tirailleurs avaient reçu chacun deux cartes d'électeurs au commissariat central de police où seuls des gendarmes européens assuraient la permanence comme par hasard dans la nuit du 16 au 17 juin. Les tirailleurs ayant accompli « leur mission », prenaient le train montant vers Yaoundé le 18 juin au matin. Faudra-t-il parler des retards apportés à la" communication des résultats de votes là où le candidat de l'U.P.C. obtenait un nombre important de voix. Notre recours en annulation fut rejeté par l'Assemblée nationale dont la majorité des membres avaient bénéficié de tels appuis, soit directement, soit par truchement des dispositions des textes de loi défavorable au système démocratique du suffrage universel. Mais les succès politiques remportés par l'U.P.C. au cours de cette consultation électorale furent importants. Classé 4e sur les 14 candidats en compétition, notre candidat fut le seul, avec M. Douala Manga Bell, à recueillir des voix dans tous les centres de vote, ce qui était la meilleure preuve que notre mouvement n'est pas une organisation à base tribale comme on avait prétendu précédemment, le candidat de l'U.P.C. obtint même dans certaines localités, un nombre de voix supérieur à celui recueilli dans sa subdivision d'origine, alors que les autres candidats en dehors de M. Douala Manga Bell, n'obtenaient des voix que dans leur propre localité.

Pour les récentes élections du 30 mars 1952 pour désigner les membres de l'Assemblée Territoriale, nous avons soumis à la Mission de visite, le dossier de notre recours en annulation en y annexant des pièces à conviction pour démontrer le caractère policier des élections dans notre pays. Cette situation est d'ailleurs analysée dans le 8e numéro de notre journal que je tiens à votre disposition. Il est quand même utile de signaler que le Haut-Commissaire de la République française au Cameroun a personnellement participé à la lutte électorale en faisant au pasteur Song d'Eséka et en présence des missionnaires américains, le reproche d'avoir soutenu, paraît-il, le candidat de l'U.P.C. aux élections du 30 mars, alors que pareille observation n'était pas adressée aux prêtres catholiques qui avaient utilisé la chaire pour calomnier notre candidat au profit d'un prêtre qui a été déclaré élu, grâce au vote des écoliers mineurs et des filles de couvent ne remplissant aucune qualité pour être électeurs. C'est donc après ces fraudes et ces pressions qu'on viendra présenter notre mouvement comme un «parti minoritaire » parce qu'il n'a pas obtenu un siège à ces élections qui ne sont en réalité que des désignations.

Cependant, le progrès réalisé par notre mouvement aux élections du 30 mars par rapport à celles du 17 juin mérite de retenir l'attention des Nations Unies, surtout après tant de tapage fait autour de cette affaire. A Foumban, sur 8 candidats en présence, le candidat de l'U.P.C. vient en 3e position après avoir été le seul combattu comme c'est le cas pour nos candidats en toutes circonscriptions. En région Bamiléké, Djoumessi Mathias ne fait pas triompher sa liste parce qu'il est chef (puisque la liste conduite par M. Douala Manga Bell, entièrement composée des chefs n'a pu passer) mais en raison de son ancienne appartenance à l'U.P.C., car les électeurs le considéraient encore par erreur comme dirigeant de ce mouvement. Dans la région du Mungo, notre candidat vient en 3e position sur 20 candidats avec 803 voix contre 164 obtenues au 17 juin par notre candidat et après le sabotage des résultats de Mbouroukou où notre mouvement compte le plus de membres dans la région. A Douala, le candidat soutenu par l'U.P.C. est élu, ce qui lui vaudra quelque frottement avec les autorités. Dans la Sanaga-Maritime, le candidat de l'U.P.C., après tant de fraudes et illégalités commises à son préjudice, obtient 2 860 voix sur 703 au 17 juin et vient en 2e position sur 17 candidats en compétition. Dans la même circonscription le candidat du parti administratif obtient 500 voix seulement, cependant que le candidat du même parti obtenait à peine 100 voix à Nkongsamba.

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runMon parti a demandé à être entendu sur les trois points que j'ai mentionnés en réponse à la question posée par le représentant de la Belgique, car nous estimons que ces points sont de la plus haute importance pour que notre pays puisse progresser vers l'indépendance. Je voudrais remercier la Quatrième Commission de m'avoir autorisé à prendre la parole devant elle. Je sais que je dois être bref, mais comme certains membres ont fait des objections à ce que je sois entendu par la Quatrième Commission, j'estime que je dois donner quelques explications.

L'Assemblée territoriale a essayé d'user d'un subterfuge en protestant contre moi personnellement, à un moment où je n'avais pas encore été désigné pour représenter l'Union des populations du Cameroun. L'Assemblée territoriale a prétendu que l'U.P.C. n'était pas représentative, parce qu'aux dernières élections elle n'a obtenu aucun siège à l'Assemblée, que du fait que la Quatrième Commission entendrait un représentant de l'U.P.C., le prestige de ce parti au Cameroun se trouverait renforcé; et enfin que mon parti a violé les règles normales de procédure en présentant sa demande directement à la Quatrième Commission au lieu de passer par l'intermédiaire de l'Autorité chargée de l'administration et de la Mission de visite.

Comme l'ont reconnu les différentes Missions de visite et le représentant de la France, l'U.P.C. est le seul parti politique qui représente vraiment l'ensemble des populations du Cameroun. En outre, je parle au nom de l'Union des Syndicats Confédérés du Cameroun, qui est le syndicat le plus représentatif (15 000 membres) et qui est reconnu par le Gouvernement; au nom de la Solidarité Babimbi qui compte 60 000 adhérents ; au nom de l'Association camerounaise des Anciens combattants, de l'Association des Étudiants camerounais de France, qui a déclaré que toute personne qui contredirait mes déclarations ne parle pas au nom du Cameroun ; au nom de l'Union démocratique des Femmes du Cameroun, qui ne compte pas un grand nombre d'adhérents, mais qui est la seule organisation féminine du Territoire ; au nom d'un certain nombre d'autres secteurs de l'opinion publique qui ne sont pas encore organisés, et enfin au nom d'un mouvement d'indépendance du Cameroun sous administration britannique, le Kamerun United National Congress qui est sans aucun doute représentatif dans ce Territoire,

La Quatrième Commission a reçu un certain nombre de communications réaffirmant le fait que je représente une fraction importante de la population. L'Union des populations du Cameroun, pour prouver sa force, a organisé une réunion publique à Douala, le 1er novembre 1952, et elle a invité la Mission de visite à y assister. Cette réunion, pour laquelle une autorisation préalable avait été obtenue, a pourtant été interdite par les Autorités françaises. Je peux le prouver par des photographies que je tiens à la disposition des membres de la Commission. Mon voyage à New York a été rendu possible grâce à une souscription publique. L'U.P.C. a en mains tous les reçus, qu'elle pourra communiquer aux Nations Unies. Permettez-moi de citer un passage du magazine Paris-Match, qui montre que je suis le seul représentant dont le voyage ait été financé par souscription publique.

« Um Nyobè, leader de l'Union populiste du Cameroun, est attendu à New York où la Commission de tutelle présidée par son frère de race, Ralph Bunche, l'admettra au débat sur le mandat, en accusateur des puissances mandataires. Cinquante protestations sont d'ailleurs arrivées à Manhattan pour dire que les soussignés ont autant besoin d'être entendus qu'Um Nyobè, mais qu'ils n'ont pas, comme lui, l'argent nécessaire. L'OJV.tf. réfléchit aux moyens de faire disparaître cette inégalité. Elle paierait les voyages qu'il n'y aurait pas lieu d'en être surpris. »

Questions sur lesquelles porte l'audition :

1. Réunification du Cameroun

2. Position du cameorun vis-à-vis de l'Union française

3. Fixation d'un délai à la durée de tutelle

En novembre 1949 lors du passage de la première Mission de visite au Cameroun, l'Union des populations du Cameroun souleva dans ses différentes pétitions, toutes les revendications générales, intéressant les populations du pays. L'U.P.C. a poursuivi le même effort à la longue en envoyant aux Nations Unies toutes les revendications du même ordre, elle a eu notamment à élever à plusieurs reprises, des véhémentes protestations contre la politique réactionnaire suivie par le Gouvernement français à l'égard des populations autochtones. Plusieurs cas de mesures répressives, d'expropriations et surtout la pratique de la discrimination raciale comme la violation de nos droits les plus élémentaires ont été dénoncés avec précision et souvent sinon toujours, avec preuves à l'appui. Notre organisation a pu remarquer en prenant connaissance des débats du Conseil de tutelle, avec quelle légèreté pour ne pas dire avec quel cynisme le représentant de l'Autorité administrante réfutait maladroitement nos affirmations.

Cette situation imposait au gouvernent national camerounais, l'obligation de faire le point sur tous les problèmes d'ordre politique, économique, sociaux et culturels soulevés par les pétitions antérieures. Nous avons cependant décidé de concentrer nos efforts sur les trois questions mentionnées sur lesquelles notre organisation a demandé à être entendue par votre Commission.

Comme tout le monde le sait, les pays d'Afrique Noire ont vécu sous l'arbitraire le plus absolu depuis la pénétration des colonisateurs européens jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale qui a donné lieu, du moins théoriquement au remplacement du Pacte colonial par le Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Pour le cas particulier du Cameroun, le vague régime du Mandat était remplacé par le régime international de Tutelle qui ouvre à notre peuple la perspective d'accéder à son indépendance,

Mais la lacune fatale dans ces réformes d'après-guerre repose sur le fait que des populations depuis longtemps habituées à une soumission inconditionnelle devant les colonisateurs alors considérés comme des êtres supérieurs en raison même de leur origine et la couleur de leur peau allaient parler des droits de citoyens, de liberté, d'émancipation et d'indépendance devant leurs maîtres de jadis. C'est là qu'il faut rechercher l'origine du malaise qui règne aujourd'hui dans tous les pays colonisés. On comprendra qu'il est de nécessité impérieuse pour les Camerounais de s'organiser dans un vaste mouvement de masse, ne tenant compte que du seul désir des populations de lutter pour hâter l'émancipation du pays et son accession à l'indépendance, conformément au régime international de tutelle dont bénéficie le Cameroun. Les buts poursuivis par notre mouvement, formé en dépit des entraves de toutes sortes et qui fonctionne merveilleusement en dépit de la répression violente que les pouvoirs publics exercent sur ses militants et responsables, sont clairement définis dans nos statuts dont le texte remanié par le dernier Congrès a été remis à la Mission de visite. Des commentaires développés d'une part dans le journal de PU.P.C. « La Voix du Cameroun » et d'autre part dans une brochure intitulée « Conditions historiques du mouvement de libération dans les pays coloniaux », documents que je tiens à la disposition de votre Commission si vous en éprouvez la nécessité, font la lumière sur la clarté de notre programme comme sur l'indépendance organique et l'orientation de l'U.P.C.

Contrairement à certaines affirmations dénuées de tout fondement d'ailleurs, l'U.P.C. a été constituée et mène son action dans l'indépendance absolue vis-à-vis des partis politiques métropolitains. Son adhésion au Rassemblement Démocratique africain était dictée par des raisons impérieuses basées sur le fait que les populations d'Afrique Noire avaient des aspirations et qu'en dehors de notre situation particulière de pays sous tutelle, nous avions des revendications communes avec d'autres territoires dépendant comme nous de l'Autorité française et du ministère des Colonies par surcroît. Dans son rapport pour l'année 1951, le Gouvernement français prétend que l'U.P.C. est en « froid avec le R.D.A. depuis la séparation de ce dernier du parti communiste français ». Il s'agit là d'une affirmation tendancieuse pour ne pas dire calomnieuse. Les militants du R.D.A. comme de toute autre organisation ont le droit de porter des jugements sur la conduite de tel ou tel dirigeant ou responsable. La section camerounaise du Rassemblement Démocratique Africain a donc estimé que le président du R.D.A. Houphouët-Boigny avait fait fausse route en accordant sa confiance au Gouvernement, alors que des milliers de nos camarades notamment ceux de la propre circonscription d'Houphouët languissaient dans les bagnes de la répression et en faisant ainsi, nous ne ramenons pas la personne d'un homme, fut-il député et président du R.D.A., sous la même toise que le magnifique mouvement d'émancipation africaine. Voilà notre position et nous tenons des documents à la disposition de qui voudra les consulter. Nous en avons remis à la Mission de visite.

Ce que veut l'U.P.C.

a) Objectifs immédiats

1- Grouper les populations du Cameroun en menant une lutte résolue contre les divisions tribales, contre le racisme, contre toute discrimination basée sur les conceptions religieuses.

2- Instruire ces populations sur les libertés et sur les droits qui leur sont reconnus aussi bien par la Constitution française que par les actes internationaux.

3- Organiser les masses, les aider à revendiquer l'application des principes démocratiques découlant des réformes d'après-guerre, les aider également à lutter contre la violation des droits acquis et contre toute tentative de restauration des méthodes d'administration contraires au principe de la/primauté des intérêts des populations autochtones, prévue à l'Article 73 de la Charte des Nations Unies.

b) Revendications nationales

En premier: lieu, l'U.P.C. demande l'application loyale des principes édictés par le régime international de tutelle. Les autorités administrantes s'opposent avec acharnement, quelles que puissent être certaines apparences, au changement radical des méthodes d'administration qu'imposé le régime international de tutelle. La meilleure preuve de cette attitude est le désir farouche des autorités françaises et britanniques de maintenir coûte que coûte la division arbitraire du Cameroun, alors que nous considérons la réunification du Cameroun comme condition indispensable à l'accession de notre pays à son indépendance. Mais l'U.P.C. ne se borne pas à revendiquer la réunification, elle propose les méthodes d'administration qui peuvent découler de la réunification et propose les seules étapes utiles à franchir pour parvenir à l'indépendance complète, c'est pourquoi nous demandons la fixation d'un délai pour l'octroi de cette indépendance. Enfin, notre mouvement demande avec une particulière insistance, la suppression de toute mesure d'annexion envisagée dans les textes des accords de tutelle défendus par le docteur Aujoulat en 1946, alors que ce dernier représentait les colons du Cameroun. C'est dans cet ordre d'idée que le deuxième congrès de l'U.P.C., tenu à Éséka (Cameroun sous administration française) du 28 au 30 septembre de cette année a tenu à préciser la position de notre mouvement vis-à-vis du problème de l'Union Française.

L'U.P.C et les différentes couches de la population

L'Union des Populations du Cameroun exprime tout haut, ce que la majorité, l'immense majorité des Camerounais disent tout bas. Il n'y a pas de groupement d'autochtones foncièrement opposé à l'U.P.C. C'est par peur et par intérêt aveugle que certains éléments peuvent manifester une hostilité à l'égard de notre organisation. Les chefs supérieurs, qu'il s'agisse de semi-féodaux du Nord ou des chefs de canton dans la région forestière combattent notre organisation d'abord par ignorance, ensuite par intérêt aveugle. Par ignorance parce qu'un chef qui assisterait à une réunion de l'U.P.C. pour s'informer sur les buts que nous poursuivons s'exposerait à des sanctions administratives et menaces de toutes sortes. La preuve est que Djoumessi Mathias, chef traditionnel à Dschang n'a cessé d'aller en prison que lorsqu'il a officiellement renoncé à notre mouvement. Dans plusieurs autres localités, les chefs opposés à l'U.P.C. reçoivent les encouragements de tous genres de la part de l'administration. Ce fait a été signalé avec détail dans de nombreuses pétitions reçues par la Mission de visite. L'intérêt aveugle se traduit par deux aspects : les pouvoirs publics laissent croire aux chefs que la lutte contre l'U.P.C. et l'adhésion au parti administratif appelé «Évolution sociale camerounaise» (Ésocam) donne lieu à tous les privilèges. L'administration dit également aux chefs que l'U.P.C. veut anéantir leur autorité « traditionnelle » et qu'il est de leur propre intérêt de lutter contre ce «fléau». Les chefs croient ainsi et de bonne foi dans la plupart des cas d'une part que le mouvement national s'oppose à leurs intérêts et d'autre part que leur autorité est suffisante pour enrayer ce mouvement. Mais à la longue les chefs se rendent compte du jeu qu'on veut leur faire jouer. Ils ne peuvent néanmoins pas manifester ouvertement leur sympathie à notre organisation, ceci dans la crainte des représailles de la part de l'administration dont ils attendent tout (solde, crédit, décorations, promotions de toutes sortes, bons d'achat de fusil, etc.). C'est ainsi que l'administration a poussé plusieurs chefs à signer des pétitions soit pour désavouer nos revendications, soit pour s'opposer à ma venue à New York,

Les couches représentées par les fonctionnaires, commerçants, transporteurs ou commis des entreprises privées ont une réelle admiration pour notre mouvement, mais comme on le voit, aucune de ces différentes couches ne peut oser manifester publiquement des sentiments qui amèneraient l'administration à exercer sur elles des mesures de rigueur de toutes sortes.

Les cultivateurs et autres éléments de ce que nous appellerions prolétariat rural et qui se confond avec les chefs du dernier échelon appelés chefs de village ou de quartier trouvent en l'U.P.C. le seul interprète authentique de leurs légitimes aspirations, Après quelques moments d'hésitation basés sur la crainte des représailles, ces couches des villages s'affirment de plus en plus et constituent la base essentielle de nos forces.

L'élément ouvrier, de plus en plus nombreux dans les centres importants du territoire, se heurte à beaucoup d'entraves pour s'organiser syndicalement et politiquement. Le patronat exerce sur cet élément une pression et un chantage qui entretiennent une atmosphère de peur chez ces masses exploitées. La sympathie des milieux ouvriers pour notre mouvement s'affirme de plus en plus, comme le témoigne l'augmentation d'influence sans cesse de notre allié de lutte pour l'émancipation des masses, camerounaises : la Confédération Générale du Travail (Union des Syndicats Confédérés du Cameroun). Il est faux de dire que l'U.P.C. se confond avec l'Union des Syndicats, comme l'a affirmé l'administration dans son rapport aux Nations Unies pour Tannée 1950 (voir rubrique : « les partis politiques »). Il s'agit tout simplement de l'accord trouvé dans le terrain d'action par deux organisations qui luttent contre un adversaire commun. Le patronat est soutenu par l'administration et cette administration né peut mener une politique d'oppression nationale dans nos pays qu'en se servant des armes économiques et des moyens matériels détenus en grande partie par les entreprises privées. L'U.P.C. considère, et les militants syndicaux sont de cet avis, que l'émancipation économique de nos populations est impossible sans les conquêtes politiques nécessaires au progrès économique, social et culturel des habitants. Le devoir commande donc à notre organisation d'accorder tout son appui à tout groupement politique, social, culturel ou à toute personne luttant effectivement pour l'élévation de l'homme camerounais. Mais le gouvernement trouve le malin plaisir à s'opposer au droit qu'ont les travailleurs de tout pays de s'organiser comme ils l'entendent pour la défense de leurs intérêts les plus légitimes, et l'on se garde délibérément d'indiquer les attaches politiques des syndicats fantômes, tels que C.G.T.-Force Ouvrière, qui comptent 96 adhérents dans un territoire de plus de 500 000 travailleurs salariés, la Confédération des Travailleurs Chrétiens, et le syndicat mort-né appelé « Union des Syndicats Autonomes», dont le fondateur, un dissident de la C.G.T., fuit aujourd'hui les quelques éléments qui s'y étaient égarés.

Ainsi donc, les relations de l'Union des Populations du Cameroun avec d'autres organisations ou couches de la population ne se fondent pas sur on ne sait quelle doctrine extérieure imposée ou importée, mais sur l'action de telle organisation ou de tel individu à l'égard des populations du pays. J'ai l'avantage de déclarer ici que l'immense majorité de nos compatriotes nous exprime toujours son accord quand nous sommes dans nos paillotes en forêt ou en savane ; seule la répression réduit les gens au silence. Ajoutons qu'on a assisté à des surprises au cours de la campagne électorale lors des élections législatives du 17 juin 1951, lorsque le candidat de l'U.P.C., le plus modeste de tous en moyens matériels et le plus âprement combattu par le clergé catholique et l'administration, fut le seul à parcourir la circonscription électorale et à donner avec grand succès des conférences publiques dans tous les centres importants, alors que M. Douala Manga Bell, qui devait être déclaré élu au lendemain du scrutin, assistait à la dissolution par les électeurs, le 15 juin 1951, d'une réunion électorale organisée par lui dans sa propre résidence à Douala, II en fut de même dans de nombreuses autres localités. Si ce candidat a été déclaré élu malgré cette désapprobation populaire, c'est que les niasses du village qui représentent le gros du cops électoral croyaient que le travail forcé et l'indigénat avaient été abolis par ce personnage.

L'U.P.C. et l'administration

L'autorité administrante présente l'U.P.C. comme une organisation systématiquement opposée à l'administration, « prêchant la désobéissance », et s'appliquant à «dresser les Noirs contre les Blancs», comme il est dit dans le mémorandum remis par le gouvernement à la Mission de visite de 1949 (document publié par le Gouvernement français, page 14). Nous répondons à la page 10 de la brochure déjà citée, «Conditions historiques, etc. » (citation). Telle est définie en termes clairs, la position de l'U.P.C. vis-à-vis de l'administration et ceux qui nous demandent de préciser quelle autorité choisirions-nous en cas d'unification du Cameroun doivent se reporter à ce texte de notre brochure pour comprendre que l'U.P.C. ne choisit pas de puissance adminis¬trante, mais elle a à se prononcer sur tel ou tel mode d'administration comme je viens de l'exprimer en donnant lecture du passage de notre brochure. C'est pourquoi l'U.P.C. ne lutte pas contre l'administration ou contre des individus en raison de la nationalité. L'U.P.C. lutte contre les méthodes de colonisation qui retardent le progrès du peuple camerounais et lui enlèvent toute possibilité de cheminer véritablement vers son indépendance. Mais toutes ces appréciations se sont vérifiées au cours de ces derniers jours on a vu les représentants du Gouvernement français s'opposer avec violence à l'audition de PU.P.C. Par votre Commission.

L'U.P.C. et le clergé

Une explication se trouve également sur la page 10 de notre brochure. Cependant, pour montrer que les prêtres défendent une cause autre que celle de leur ministère, il nous est loisible de montrer ici la répartition des forces qui composent notre mouvement par affinités religieuses. Cette étude est basée sur la représentation à notre congrès de septembre dernier, où il y avait : catholiques, 36 ; protestants presbytériens, 36; protestants français, 12; églises baptistes camerounaises, 3 ; musulmans, 13 ; fétichistes, 37. Ce tableau démontre que l'U.P.C. ne fait aucune exclusion d'ordre religieux,

L'U.P.C dans les consultations populaires

Dans le rapport du Gouvernement aux Nations Unies pour l'année 1951, l'U.P.C. est présentée comme un mouvement aigri, n'ayant recueilli aux élections du 17 juin 1951 que 3 077 voix dans toute la circonscription, sur un total de 16 500 suffrages exprimés. Il faut d'abord relever une erreur qui sera comme une preuve des renseignements inexacts dont se sert souvent l'administration pour documenter les Nations Unies. Dans cette circonscription, M. Douala Manga Bell avait obtenu près de 40 000 voix, M. Djoumessi Mathias obtenait près de 20 000 voix, M. Kemadjou Daniel avait obtenu plus de 6 000 voix. En y ajoutant seulement les 3 077 voix qu'on a voulu attribuer au candidat de l'U.P.C, nous arrivons à un total de près de 70 000 voix, et il est curieux de voir que l'administration qui dirige le service des statistiques, n'arrive même pas à présenter avec une exactitude près, le recensement des élections effectuées sous son propre contrôle. Mais tout est permis quand il faut calomnier l'U.P.C., même si on doit falsifier à son détriment, car dans le cas qui nous occupe, c'est l'U.P.C. qui aurait eu intérêt à dissimuler les chiffres ; or, notre rôle est de présenter toutes les situations avec objectivité.

Il faut d'abord dire dans quelles conditions ces élections du 17 juin ont été organisées et comment elles se sont déroulées. La loi électorale est adoptée au Parlement français le 23 mai 1951 - - le décret d'application est pris le 24 mai - l'arrêté de promulgation est de même date, mais ne sera porté à la connaissance du public au Cameroun que le 26, et les candidatures ne sont recevables que jusqu'au 26 mai à minuit. Le Secrétaire général de l'U.P.C. qui se trouve en tournée arrive à Douala le 26 mai à 19 heures. Il dépose sa candidature à 20 heures, Deux courriers-avion organisés dimanche 27 ont pour but d'acheminer les documents relatifs aux candidatures aux élections. Mais délibérément, le chef de la division administrative, délégué du Haut-Commissaire refuse d'acheminer Pacte de candidature du Secrétaire général de l'U.P.C. et ne l'envoie à Yaoundé que le 29 mai, après le délai de forclusion, ceci pour qu'on n'ait pas affaire à la candidature « gênante » ; ce but est atteint et notre candidat se voit obligé de perdre une semaine à Yaoundé pour faire des démarches auprès du Conseil du contentieux, qui finit par déclarer la candidature recevable le 4 juin seulement, quand il ne reste à notre candidat en tout et pour tout que 12 jours pour circuler dans la circonscription et prendre utilement contact avec les électeurs.

Néanmoins, une forte sympathie s'était manifestée à l'endroit de notre candidat, d'abord par la vague de protestations qu'avait soulevé le rejet de la candidature, ensuite par la solidarité apportée à notre candidat par les électeurs qui Pavaient logé et nourri partout où il passait, alors que ses concurrents distribuaient centaines de milliers de francs et caisses de boissons alcooliques pour acheter la conscience des électeurs, ceci sous l'œil bienveillant sinon complice des autorités administratives. Par contre, tout était mis en œuvre pour faire obstacle au candidat de l'U.P.C. (confiscation des télégrammes annonçant les réunions, refus des salles publiques pour la tenue desdites réunions, etc., etc.).

Le jour du scrutin, les autorités administrantes, profitant du fait que les mandataires des candidats n'avaient pas l'expérience voulue pour surveiller les opérations et contrôler les opérations, commirent illégalités, sur illégalités, faisant voter les incapables et les mineurs pour grossir le nombre de voix du candidat administratif. Un exemple pris sur tant d'autres illustrera ce que nous avançons ; à Douala, 1 000 tirailleurs extraits de leur garnison hors de la circonscription électorale furent amenés à Douala le samedi 16 juin provenant de N'Gaoundéré (Nord-Cameroun) ils reçurent des cartes dans la nuit du 16 au 17 juin. Le 17 au matin, les 1000 tirailleurs étaient venus voter pour le candidat administratif sous la surveillance de leur commandant de compagnie. Ils étaient en tenue kaki. L'après-midi, les mêmes tirailleurs en tenue bleue viennent voter pour le candidat administratif, toujours sous la surveillance de leur commandant de compagnie, ce qui laisse supposer que ces tirailleurs avaient reçu chacun deux cartes d'électeurs au commissariat central de police où seuls des gendarmes européens assuraient la permanence comme par hasard dans la nuit du 16 au 17 juin. Les tirailleurs ayant accompli « leur mission », prenaient le train montant vers Yaoundé le 18 juin au matin. Faudra-t-il parler des retards apportés à la" communication des résultats de votes là où le candidat de l'U.P.C. obtenait un nombre important de voix. Notre recours en annulation fut rejeté par l'Assemblée nationale dont la majorité des membres avaient bénéficié de tels appuis, soit directement, soit par truchement des dispositions des textes de loi défavorable au système démocratique du suffrage universel. Mais les succès politiques remportés par l'U.P.C. au cours de cette consultation électorale furent importants. Classé 4e sur les 14 candidats en compétition, notre candidat fut le seul, avec M. Douala Manga Bell, à recueillir des voix dans tous les centres de vote, ce qui était la meilleure preuve que notre mouvement n'est pas une organisation à base tribale comme on avait prétendu précédemment, le candidat de l'U.P.C. obtint même dans certaines localités, un nombre de voix supérieur à celui recueilli dans sa subdivision d'origine, alors que les autres candidats en dehors de M. Douala Manga Bell, n'obtenaient des voix que dans leur propre localité.

Pour les récentes élections du 30 mars 1952 pour désigner les membres de l'Assemblée Territoriale, nous avons soumis à la Mission de visite, le dossier de notre recours en annulation en y annexant des pièces à conviction pour démontrer le caractère policier des élections dans notre pays. Cette situation est d'ailleurs analysée dans le 8e numéro de notre journal que je tiens à votre disposition. Il est quand même utile de signaler que le Haut-Commissaire de la République française au Cameroun a personnellement participé à la lutte électorale en faisant au pasteur Song d'Eséka et en présence des missionnaires américains, le reproche d'avoir soutenu, paraît-il, le candidat de l'U.P.C. aux élections du 30 mars, alors que pareille observation n'était pas adressée aux prêtres catholiques qui avaient utilisé la chaire pour calomnier notre candidat au profit d'un prêtre qui a été déclaré élu, grâce au vote des écoliers mineurs et des filles de couvent ne remplissant aucune qualité pour être électeurs. C'est donc après ces fraudes et ces pressions qu'on viendra présenter notre mouvement comme un «parti minoritaire » parce qu'il n'a pas obtenu un siège à ces élections qui ne sont en réalité que des désignations.

Cependant, le progrès réalisé par notre mouvement aux élections du 30 mars par rapport à celles du 17 juin mérite de retenir l'attention des Nations Unies, surtout après tant de tapage fait autour de cette affaire. A Foumban, sur 8 candidats en présence, le candidat de l'U.P.C. vient en 3e position après avoir été le seul combattu comme c'est le cas pour nos candidats en toutes circonscriptions. En région Bamiléké, Djoumessi Mathias ne fait pas triompher sa liste parce qu'il est chef (puisque la liste conduite par M. Douala Manga Bell, entièrement composée des chefs n'a pu passer) mais en raison de son ancienne appartenance à l'U.P.C., car les électeurs le considéraient encore par erreur comme dirigeant de ce mouvement. Dans la région du Mungo, notre candidat vient en 3e position sur 20 candidats avec 803 voix contre 164 obtenues au 17 juin par notre candidat et après le sabotage des résultats de Mbouroukou où notre mouvement compte le plus de membres dans la région. A Douala, le candidat soutenu par l'U.P.C. est élu, ce qui lui vaudra quelque frottement avec les autorités. Dans la Sanaga-Maritime, le candidat de l'U.P.C., après tant de fraudes et illégalités commises à son préjudice, obtient 2 860 voix sur 703 au 17 juin et vient en 2e position sur 17 candidats en compétition. Dans la même circonscription le candidat du parti administratif obtient 500 voix seulement, cependant que le candidat du même parti obtenait à peine 100 voix à Nkongsamba.

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