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Le 8 mars au Cameroun ???

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Pagne 8marsCamÇa vous gênerait ma fonction de penser contre l'air du temps ? Point besoin d'avis à partir du moment où j'assume le risque de minorité. Je risque d'enfoncer des portes ouvertes ? N'oubliez donc pas de refermer les vôtres. Alors pour moi c'est une question à deux balles. Par un pervers retour des choses, c'est la fête de la dévalorisation de la femme.

On dépose son œuf dans le nid d'un autre oiseau très respectable celui-là, et on enfreint la marque déposée ''8 mars''. Ce qu'on célèbre au Cameroun le 8 mars ? C'est la fête de la bière pour les femmes, une géniale contrefaçon inspirée du modèle allemand, parce qu'il n'y a pas que les Chinois qui font du copier-coller. Non, heu, le carnaval de Rio version tropicale ? Bof, je ne sais pas trop, je sais juste que dans ce pays, tous les 8 mars, c'est la fête des femmes cumulée à la fête de la bière. Pour faire simple, disons fiesta à gogo pour le sexe faible. J'oubliais, je sais également qu'avant le 8 mars et pour être in le 8 mars, c'est la ruée sur LE PAGNE, ce tissu spécialement consacré au D-Day et qui enveloppera le corps des fêtardes.

Et puis d'ailleurs, pourquoi vous me posez une question aussi stupide ? Je dis stupide, parce que la réponse est évidente pour toutes les fêtardes et leurs complices au masculin. Evidemment que ce sont des complices, tous ces gens qui déclenchent la satisfaction des joyeuses fêtardes (si, trois fois si, il y en a de pas joyeuses du tout, ne me demandez surtout pas pourquoi l'absence d'un bienfaiteur provoque des courroux) en leur offrant le pagne.

Pardon ? Hors sujet, je suis hors sujet ? Moi, hors sujet, parce que je vous ai dit que le 8 mars au Cameroun est un jour de réjouissances pour les femmes ? Je vais m'abstenir de commenter les commentaires, mais je ne vais pas m'embarrasser de commenter les faits, rien que les faits et rien d'autre. Bout de tissu converti en vêtement, marches sportives, séminaires féminins sur les vertus des plantes, foires, défilé des tenues sur de grandes avenues avec exhibition de banderoles aux contenus plaisants ou discutables selon le degré de créativité des concepteurs. Et ces salves d'applaudissement, baromètre de quoi donc ? Des belles tenues dans la tenue du jour, des démarches sybarites ? Dans tous les cas, l'assistance applaudit au passage des carrés de femmes qui acceptent gaiement de cramer sous la canicule. Heureusement que l'effort est fort rémunéré après le défilé. Fin du tralala et début du houlala, le réel motif du jour. Que la fête commence ! Bouffe, boisson et danse. Il vous faut quoi d'autre pour insérer définitivement dans une partie de votre encéphale que c'est la journée nationale de réjouissances féminines ? Je dois sans doute pour vous convaincre ajouter que l'étape houlala est la plus importante, la plus jouissive. C'est un secret de polichinelle que dans l'étape tralala, il n'y a que le pagne qui compte, tout le reste n'est que perte de temps massive. Faut surtout pas vous fier aux applaudissements, ces gens ne savent même pas pourquoi ils tapent des mains, ils savent juste qu'ils ont répondu à une invitation. Faut pas se fier aux visages heureux de femmes joyeuses de participer à la marche sportive, c'est du remplissage. Faut pas rêver d'être à la place des vendeuses et exposantes des foires dédiées au grand jour, tout ce monde rit très peu quand il faut établir la comptabilité pour juger des flux entrants comparativement à l'investissement. Par contre, vous gagnerez à vous attarder sur les cérémonies de don des pagnes quelques jours ou semaines avant le 8 mars. Il n'est malheureusement pas possible de fourrer cette étape dans le houlala quoiqu'elle ne relève du tralala que pour des raisons chronologiques. Mais je vous vois venir, vous pensez n'avoir pas suffisamment dégusté du piment dans ma bouche. Hélas, je vais poursuivre sur la même lancée en vous faisant une confidence.

Croix de bois, croix de fer, ne me trahissez surtout pas. Il y a des hommes qui soutiennent mordicus que le 8 mars n'est pas seulement un jour de réjouissances féminines, mais également un mercato heureux pour eux ! En effet, partons du principe alimentaire que la consommation de carottes rend aimable et que beaucoup de fêtardes ce jour auraient manifestement englouti des cageots de carottes... les carottes semblent donc cuites pour elles. Vous dites ? Je dois vous expliquer cette théorie longuement pour que vous puissiez rapidement en saisir la subtilité au regard de son aspect empirique? Pfffff, qu'est ce que vous savez être long à la détente ! Des fêtardes de service au service des mâles de service, normal qu'ils en parlent et s'en félicitent. Qui peut regretter d'avoir tiré profit d'une braderie ? Je ne sais pas si c'est l'alcool qui donne son aval avec enthousiasme aux écarts et excès des unes et des autres, mais ça relève des dégâts collatéraux du 8 mars. Je vous ai fourni un maximum de preuves attestant que le 8 mars sous nos cieux c'est l'évidence du charme de la bêtise. C'est vraiment la faute à pas de veine pour la vertu en ce jour de détérioration convenue, c'est le vice qui encaisse des heures et des heures supplémentaires de vol au compteur. Y a qu'un pilote d'avion pour récolter une prime à des heures sup de vol, tirez-en la conclusion qui sied à votre raisonnement sans pour autant écorcher les faits qui savent être particulièrement tenaces.
Hein ? C'est la 28e Journée internationale de la femme ? Quoi ? Qui vous parle de journée ? J'ai bien dit jour national de réjouissances pour les Camerounaises qui le veulent bien. Pourquoi vous tenez tant à travestir les faits, alors que j'ai pris le soin de vous dérouler l'historique de ce qui se fait depuis un bail et le tout sans changement en dehors des motifs des pagnes successifs ? Le thème de cette journée ? ''Elimination et prévention de toutes formes de violences à l'égard des femmes et filles'' !!! Qu'est ce que c'est que tout ça encore ? Il y a manifestement erreur, car moi je vous parle du 8 mars au Cameroun et vous vous semblez me parler de la signification de la journée internationale de la femme telle que conçue par les Nations Unies le 8 mars 1977. Ecoutez-moi très attentivement, parce que je ne le redirai pas deux fois. Au Cameroun il y a toujours eu un thème à chaque 8 mars, c'est jour du pagne et femmes en liesse. Et puis, c'est quoi votre violence faites aux femmes et filles ? Quelle discrimination honteuse ! Ahan, vous allez me parler de viols. Mais le viol, il ne concerne pas que les femmes et les filles. Il vous a sans doute manqué de l'imagination pour circonscrire ce drame aux seules femmes et filles. Merci pour les petits garçons, on attendra la journée nationale ou internationale des hommes pour aborder le problème du viol des enfants de sexe masculin, pour parler de la violence faite aux hommes. Comment ça, vous ne voyez pas à quoi renvoie la violence faite aux hommes ? Dans votre langage, comment vous appelez le harcèlement sexuel des hommes par les femmes ? Vous trouvez normal que des hommes affrontent la tentation des femmes par action (drague), par omission (toutes ces tenues qui ne servent qu'à dénuder des corps féminins), en pensée (élaboration des plans de séduction pour parvenir à des fins matrimoniales, professionnelles, matérielles) ? Ce n'est pas du harcèlement, les clips de ces artistes pisse-albums qui concurrencent les films pornographiques ? Comment ne pas souligner les revendications financières de femmes qui aboient tous les jours à propos de l'égalité des deux sexes ? Elles veulent que les hommes passent à la caisse pour tout en même temps qu'elles revendiquent cette fichue égalité qu'elles n'auront d'ailleurs jamais. Moi je leur dis de commencer déjà à montrer qu'elles ont la même employabilité que les mâles en exerçant des emplois qu'elles mêmes qualifient de boulots de mecs et de merde.
Désolée, je cherche en vain un motif pouvant plaider en faveur de toutes ces dépenses consacrées au 8 mars. Pour le moment, je ne vois que des oies qu'on engraisse et même qu'on engrosse à l'occasion dans le cadre des écarts et excès susmentionnés.
C'est Clara Zetkin qui doit se retourner dans sa tombe, en voyant combien la greffe de la JIF a de le peine à prendre au Cameroun. Il est grand temps que la journée internationale de la femme au Cameroun serve à ce pourquoi elle a été instituée : une journée de revendication liée au féminisme. L'occasion pour les groupes et associations de femmes militantes de revendiquer l'égalité, de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. On fête les victoires et les avancées, et non le pagne et l'alcool. Pour vous faire une petite idée des contradictions féminines dans ce pays, même les femmes qui prônent la polygamie ou celles qui font partie de ce harem foireux célèbrent le 8 mars ! Moi je sais pourtant que la polygamie relève de l'antiquité et des absurdités chez les féministes. Tant qu'à faire, les femmes devraient réclamer la parité matrimoniale, celle de pouvoir aussi avoir plusieurs époux. Ce serait une avancée incontestable.
On ne va pas tout le temps exiger la fin de la bastonnade à la maison, on doit dénoncer en utilisant les recours offerts par les lois et non parler d'une pathologie sans appliquer son remède parce qu'on tient à conserver les avantages matériels et financiers que nous procure un mâle qui nous confond sans cesse à un punching-ball. On ne doit pas tout le temps crier à la fin du viol sans rien faire pour le combattre ; on doit veiller à la protection de nos enfants par tous les moyens disponibles quitte à semer le soupçon, on doit sensibiliser les adultes autour de nous afin de les mettre en garde contre tout acte pervers et ses conséquences, on doit très tôt sensibiliser nos enfants au niveau des cellules familiales pour les conduire à dénoncer et à éviter les abus.

Aujourd'hui plus qu'hier, on doit sortir du cercle vicieux du tabou du viol et enterrer à jamais cette vision contestable de la solidarité familiale (couvrir le bourreau parce qu'il est un membre de la famille), ôter de nous toute sensation de honte lorsque nous en sommes victimes directement ou par ricochet en dénonçant les violeurs. La JIF ce 8 mars devrait être le moment de faire les comptes et de rendre des comptes. Qu'en est-il des mineures autorisées à se marier dans certains coins du pays grâce à des traditions moyenâgeuses et dont les mamans exhibent le pagne en défilant le grand jour de la femme ? Qu'en est-il du taux de scolarisation des filles souvent soustraites du système scolaire pour de médiocres raisons ? Qu'en est-il de ce code de la famille devenu aussi hypothétique que l'émergence économique en Afrique subsaharienne ? Qu'en est-il des droits bafoués de la veuve et des orphelins ? Qu'en est-il des humiliations de diverses sortes infligées à la veuve au nom des traditions avariées ? Qu'en est-il de la modification du flagrant délit d'adultère qui jusqu'à présent ne peut être obtenu qu'en coinçant un mâle marié pourtant pas mal marié sur le lit conjugal avec le corps du délit? Pourquoi toujours autant de discrimination au sein du gouvernement, de la préfectorale, du gouvernorat, des forces de défense ? A quand une femme à la tête d'un ministère de souveraineté ? Quand est-ce qu'une femme sera nommée DG d'une vache à lait publique ? Il faut peut-être qu'elles se laissent pousser la barbe. Alors, quitte à ne faire siéger que des barbus au sein du gouvernement, à quand un homme à la tête des ministères de la condition féminine et de la promotion féminine ?
I have a dream. Et si la présidence du Sénat revenait à une femme ? Difficile de confier un poste à ce sexe faible qui n'a jamais de hautes ambitions quand il s'agit de mettre à profit le 8 mars. Dommage, ce sera peut-être en 2035, l'année de tous les espoirs.

Dernière modification le vendredi, 08 mars 2013 08:17

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