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Indéterminations et incertitudes post-électorales au Cameroun

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etoudipalais« La victoire du RDPC – que nous voulons éclatante- devra être défendue face à d’éventuelles velléités de déstabilisation de notre pays.». Ce propos de Jacques Fame Ndongo, Secrétaire national à la communication du RDPC et Ministre de l’Enseignement Supérieur, au micro de RFI le 3 octobre dernier, illustre mieux que tout autre commentaire la situation qui prévaut au Cameroun en cette période électorale. Tension et fébrilité sont à leur comble dans les sphères du pouvoir.

Il n’y a pourtant aucun doute qu’au soir du 9 octobre 2011, Paul Biya, candidat à sa propre succession – à 78 ans- pour un autre septennat, n’aura certainement pas perdu. Il aura la légalité. Il sait, et son entourage avec lui, qu’il n’aura pas gagné, parce qu’il ne détiendra pas la légitimité. Candidat non défait, vainqueur par défaut d’une élection, qui a tout d’une mascarade selon les observateurs les plus avertis, le candidat Paul Biya et le Rdpc devront s’attendre à tout, sauf à une période post-électorale paisible. Projection partagée et confirmée par les propos sibyllins et peut-être prémonitoires du porte-parole du Rdpc, Jacques Fame Ndongo.

De la révision de la Constitution en 2008 (qui a modifié l’art.6 al.2 et fait ainsi sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels) à la présence de Paul Biya dans la course présidentielle de 2011 (allant à l’encontre des accords de la Tripartite de 1992), en passant par l’épuration politique des potentiels adversaires, la caporalisation de la presse, les brimades des mouvements et partis politiques de l’opposition partout dans le pays, le recul des libertés publiques, la corruption des esprits, etc… tout a été mis en place –sciemment (?) - pour obtenir à la veille d’une élection présidentielle capitale - parce que post-cinquantenaire de l’indépendance - un pays plus que jamais, divisé, fragmenté et dont les lendemains sont incertains, voire périlleux.

Alors pourquoi cette fébrilité ? L’armée « sécurise »  les bureaux de vote !

Dans son arrogance et sa cécité, le régime de Yaoundé, a provoqué frustrations et rancœurs dans tous les corps sociaux de ce pays. Et cela se vérifie même dans des bastions qui lui ont toujours été favorables.

En commençant par le Rdpc lui-même. L’amertume y est immense, surtout depuis le récent Congrès du parti qui a vu beaucoup de militants « rester sur le carreau » ; ou encore la grogne palpable et manifeste née de la kondenguisation à outrance (1) de certains barons et amis d’hier.

Ensuite au sein des forces de l’ordre et de sécurité. La colère – auparavant, sourde- au sein de ce corps social, pilier du régime Biya, se fait de plus en plus bruyante, surtout depuis la célébration du Cinquantenaire de sa création en décembre 2010. « La Grande Muette » est devenue « Gorge profonde et bavarde » : les manifestes de soldats mécontents ont succédé aux lettres ouvertes de dénonciations. Le summum a été atteint récemment avec cette tonitruante déclaration : la création d’un mouvement baptisé « Forces Armées patriotiques ».  Un mouvement nébuleux, regroupant – selon leur communiqué - tous les corps de défense et de sécurité. Il est étonnant de remarquer à quel point leur démarche s’apparente étrangement (!) à celle de l’ancien putschiste Guérandi Mbara Goulongo, aujourd’hui à la tête d’un mouvement nouveau et baptisé : les Refondateurs. (2). Le même jour, le pont reliant la rive-nord de la capitale économique Douala au reste de la ville était pris d’assaut par un ou plusieurs militaires (le nombre exact reste incertain), exigeant « le départ de M. Biya » (3). Coïncidence ou simple hasard ?

Évidemment, les conséquences ne se sont pas faîtes attendre : psychose et paranoïa ont envahi les hautes instances des services de sécurité et la hiérarchie militaire. La suspicion est entière. D’après nos informations, à quelques jours de l’élection présidentielle, les casernes sont en état d’alerte maximum et les recrues élève sous-officiers du centre d’instruction de Koutaba sont déployés dans tous les bureaux de vote dans la région de l'Ouest (région la plus sensible selon les sécurocrates de Yaoundé).

Afin de « sécuriser » les bureaux de vote et garantir ainsi à Paul Biya un « plébiscite », ordre a été donné récemment de remplacer autour des bureaux de vote la police et la gendarmerie (initialement prévus), par l’armée.

Question : Pourquoi tout ça, quand on sait aujourd’hui que les 3/5 des inscrits à cette élection n’ont pas reçu leurs cartes d’électeurs et pourront voter avec leurs cartes d’identité ? Une incongruité qui n’a pas semblé dérangé le moins du monde, le président du Conseil électoral d’Elecam, M. Fonkam Azu’u, qui l’a déclaré à la radio d’état, la Crtv, le 30 septembre 2011. Pour preuve, le matériel électoral destiné aux trois régions du Septentrion était encore entreposé à la Camrail, une semaine avant l’élection. Même dans les grandes villes comme Douala ou Yaoundé, les cartes électorales n’ont été entièrement distribuées…

Quel Cameroun demain et avec qui ?

Quel sera le visage du Cameroun au lendemain de cette élection, à laquelle personne ne croit ? Tous les esprits sont tournés vers l’après 9 octobre; ce qui pour conséquence de créer une situation où l’hypocrisie, mais aussi l’inquiétude règnent en maîtres absolus.

Paul Biya et sa clique gouvernante n’ont pas décelé que tous les indicateurs d’une déflagration sociale aux conséquences incommensurables étaient réunis. Ils sont restés « droit dans leurs bottes », convaincus de leur droit et de leur puissance. Jusqu’à quand ?

Plusieurs personnalités d’envergure ont les yeux rivés sur l’après Biya, persuadées qu’elles sont, que l’élection du 9 octobre et son résultat prévisible ne sont pas la solution idoine pour le Cameroun de demain. Et qu’une redistribution des cartes politiques aura forcément lieu.

Les législatives de 2012 seront forcément l’occasion pour certain(e)s candidat(e)s à cette élection de confirmer leur leadership et de consolider une place et un rôle sur l’échiquier national. À l’intérieur, en dehors de personnalités telles que Mme Kah Walla, M. Muna Ben (s’ils ne rentrent pas dans un gouvernement d’union nationale dont on parle de plus en plus); en dehors de Mrs. Nintcheu Jean-Michel ou Osih Josh (qui vont sûrement prendre la tête du SDF)… la bataille de succession va devenir plus âpre entre les dauphins autoproclamés au sein du Rdpc, qui, contrairement à leur leader sont « prêts à tenter l’aventure » d’un Cameroun autre. D’un Cameroun sans Paul Biya.

À ceux-là, il faudra compter avec des personnalités venues de la diaspora comme Christopher Fomunyoh, qui a choisi, alors que tout le monde s’y attendait – de ne pas présenter sa candidature à ce qu’il a caractérisé de « mascarade électorale inadmissible »; ou encore Guérandi Mbara Goulongo et ses ramifications. Mais aussi des « revanchards » à l’instar de Pierre Mila Assoute, président du Rdmc (dont la candidature à la présidentielle a été rejetée pour des motifs que ses partisans qualifient de « fallacieux ») et qui a choisi de continuer le combat politique par les armes. (4)

En conséquence, tenir fermement les rênes du pouvoir jusqu’au terme des législatives de 2012 – ou même de la mi-mandat- ne sera assurément pas la tâche la plus aisée pour l’équipe de Paul Biya. Les lendemains de la présidentielle camerounaise ne seront certainement pas « un long fleuve tranquille ».

 

  1. (1) Kondengui est le nom du quartier où se trouve la prison centrale deYaoundé et qui abrite de nombreuses personnalités prises dans l’opération Epervier.
  1. (2) L’ex. capitaine de l’armée camerounaise s’est récemment manifesté par une lettre ouverte à Paul Biya, « exigeant son départ et [qu’]il prenne sa retraite. ». De là à penser qu’il est le « maître à penser » de ce fameux corps « Forces Armées Patriotiques », il y a un pas que nous ne franchirons pas.
  1. (3) Le BIR (Brigade d’Intervention Rapide, corps d’élite interarmées) a tenté de ratisser la zone autour du pont de Bonabéri mais n'a pu mettre la main sur aucun fugitif. Et c'est la psychose totale au sein de la population et même dans les rangs des forces de Défense et de sécurité.
  1. (4) M. Mila Assoute, d’après un communiqué parvenu à certains organes de presse camerounais en ligne, serait à la tête d’un Conseil National de Résistance et de Libération du Cameroun, dont le bras armé serait l’Armée Nationale de Libération.
Dernière modification le mardi, 01 janvier 2013 20:41

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