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Incidents de Deïdo : réactions du SDF-Littoral, du Manidem et du Pr. Mouangue Kobila

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jeanmichelnintcheu1On attendait les réactions des intellectuels et des politiques pendant et après les incidents malheureux qui ont émaillé le quotidien du quartier-canton Deïdo entre le 31 décembre dernier et le 4 janvier 2012 (on parle aujourd'hui de "calme précaire"); et qui ont opposé certains habitants de ce quartier à des bendskinneurs (conducteurs de moto-taxis).

Après Jean-Jacques Ekindi, Albert Dzongang, Albert Dooh-Collins et Françoise Foning parmi les politiques, qui sont descendus sur le terrain, le SDF par la plume de Jean-Michel Nintcheu, son Président Régional et le Manidem, par celle de Pierre Abanda Kpama, Président national, ont choisi de s'exprimer par voie de communiqués. Du côté des intellectuels, James Mouangue Kobila, Professeur de Droit Public à l'Université de Douala a aussi réagit par communiqué. Envoici la teneur :

Déclaration du Bureau Régional du SDF-Littoral (relativement aux émeutes de Deïdo)

Le SDF Littoral observe avec une grande tristesse et une extrême préoccupation les affrontements sanglants survenus depuis le 31 décembre dernier au quartier Deido et dont le bilan provisoire est de 3 morts. Les signaux semblent indiquer qu’il y a risque de propagation du fait que la situation n’est pas encore maîtrisée.
Le SDF littoral tient à rappeler aux différents protagonistes de ce conflit insensé et inutile qu’ils doivent avoir du respect pour toute vie humaine. Un mort de plus sera un mort de trop. Les responsables de ces tueries doivent être débusqués et punis conformément à la loi. La justice populaire ne saurait être encouragée.
Sur un tout autre plan, il convient de rappeler que Douala est une ville cosmopolite. Nul n’a le droit de créer un Etat de non droit dans un quartier ou une zone quelconque. Douala est la propriété commune de tous ceux qui y résident. Ce principe est consacré par notre Constitution qui énonce clairement dans son préambule que les citoyens camerounais sont égaux en droits et en devoirs.
S’il est constant que nous devons respecter  dans la ville de Douala les valeurs traditionnelles ainsi que ceux qui les incarnent, il n’en demeure pas moins que tout citoyen y vivant –sans exception- a l’obligation d’intégrer dans ses comportements et gestes la notion de ‘’République’’. On ne saurait tolérer que pour des motifs injustifiables, des quartiers soient érigés en bantoustan ou en zones de non droit. De même qu’on ne saurait accepter que des personnes en mal d’existence instrumentalisent sous cape les ressortissants d’un quartier à des fins inavouées. La stigmatisation d’un corps de métier  sur la base de l’appartenance ethnique ou régionale est inadmissible et insupportable en République.
Le SDF Littoral condamne avec la dernière énergie ces évènements tragiques manifestement entretenus par une baronnie sectaire -en mal de positionnement dans la sphère politique et dans le sérail gouvernant-, appelle les différentes factions à l’apaisement et adresse ses condoléances aux familles durement éprouvées.

Fait à Douala le 4 janvier 2012

 Pour le Bureau provincial du SDF Littoral
Honorable Jean Michel NINTCHEU
Président régional

 

Communiqué du Pr. James Mouangue Kobila sur les évenements de Deïdo

jmouanguekobila1Je suis consterné par les pertes tragiques, en vies humaines et de biens, constatées à Deido en raison des troubles qui s’y déroulent depuis le 31 décembre 2011. J’adresse en conséquence à toutes les familles ainsi durement éprouvées mes sincères condoléances, d’autant que la maison entièrement consumée par les flammes n’est autre qu’un héritage de ma grand-mère maternelle dont ma sœur est l’usufruitière.

Il importe cependant de relever que les événements de Deido ne seraient pas allés au-delà de l'assassinat d'un jeune homme et de la réaction éruptive des habitants de Deido, si certains habitants de la ville de Douala n'étaient pas animés par une volonté hégémonique qui leur fait oublier le respect normalement dû à une communauté qui se sent attaquée dans son terroir par des comportements de prédateurs.

La contre-réaction des "conducteurs de motos-taxis" en incendies criminels et en saccages témoigne d'un mépris du droit des habitants de Deido, inventeurs de la "rue de la joie" qui est une importante activité économique – imitée un peu partout – qui rassemble indistinctement les camerounais de toutes origines dans la concorde et la bonne humeur, de refuser que leur village ne se transforme en un Far-West livré au brigandage et à l'anarchie.

Cette contre-réaction s'inscrit dans le prolongement du déni d'autochtonie voire du mépris des autochtones qui est la chose la mieux partagée par certains camerounais et qui se traduit dans certains discours par des références absurdes à un modèle de République ou d'Etat-nation aujourd'hui désuet, en raison de la reconnaissance universelle de la diversité de l'élément humain de l'Etat.

Comme les émeutes des banlieues françaises naguère, les événements de Deido interpellent et montrent à chacun ce que serait chaque ville et chaque quartier d'un Cameroun où l'on refuserait de reconnaître les droits spécifiques des peuples autochtones sur leurs terres ancestrales, en violation des options et des décisions pertinentes de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (Communication relative à la Communauté Endorois).

C’est le lieu de rappeler aux uns et aux autres les termes de la Déclaration issue de la Conférence de Copenhague sur la dimension humaine du 29 juin 1990. Dans cet instrument, les Etats concernés reconnaissent explicitement que « le respect des droits des personnes appartenant à des minorités […] est un facteur essentiel de la paix, de la justice, de la stabilité et de la démocratie ».

Je fais entièrement confiance aux pouvoirs publics qui ont toujours démontré leur capacité à protéger les hommes et les biens dans le respect de la Constitution ainsi que des normes de l’Union africaine et des Nations Unies.

Fait à Douala le 5 janvier 2012

James Mouangue Kobila Mouangue
Professeur agrégé de Droit

Communiqué du Manidem : Non à la manipulation ethnique !


abanda-kpamaUne partie de la ville de Douala vit dans l’émeute depuis quelques jours. Ces émeutes ont été déclenchées par l’agression par des malfrats à bord d’une moto, d’un couple dans la matinée du 31 décembre au quartier Deido. Un jeune homme a perdu la vie à  la suite de cette agression. L’on a assisté par la suite à un enchainement de violences, de vandalisme et d’agressions à répétition.

La gestion frileuse et irresponsable de cette crise a donné une connotation intercommunautaire à ces affrontements. Les victimes de ces violences sont tous des Kamerunais. Il n’y a donc aucune raison d’exacerber les tensions ethniques ou communautaristes à Douala.

On ne le dira jamais assez, le désordre urbain et les problèmes posés par le phénomène des Mototaxis à Douala et dans d’autres villes du Kamerun, ont pour cause originelle l’absence et le faible niveau des transports en commun. En ce qui concerne Douala, c’est la faillite de la SOTUC et l’absence d’une politique de transport urbain qui ont favorisé le développement du transport par Mototaxis. Les responsables de cette faillite sont toujours les mêmes – ils sont connus de tous -, ce sont les élites et le Gouvernement RDPC.

Pour résoudre un tel problème, il faut une solution globale.
Les Mototaxis transportent tous les jours des centaines de milliers de Kamerunais, toutes ethnies confondues. Ces Kamerunais sont obligés de les emprunter, faute de mieux. One ne peut donc pas, du jour au lendemain, les supprimer. D’autre part, c’est bien le chômage endémique des jeunes diplômés ou non qui pousse ces derniers vers ce semblant de travail épuisant et ingrat. Ce n’est pas la politique économique du régime RDPC qui pourrait apporter une solution au chômage des jeunes Kamerunais.

L’organisation de la société est régie par des lois et règlements que tout le monde doit respecter ; surtout ceux qui ont  pour champ d’action la voie publique. Il est donc hors de question que chaque quartier de Douala décide unilatéralement du sort de la libre-circulation dans son aire géographique. Et enfin, les autorités départementales du Wouri devraient en priorité s’atteler à rechercher les solutions viables pour l’exercice règlementé de cette profession, au lieu de vociférer sur les fantasmes liés à  de mystérieux manipulateurs cachés dans l’ombre. En réalité, cette fuite en avant masque difficilement l’impuissance des pouvoirs publics à trouver des solutions aux problèmes qui minent notre société.

Les Moto-taximen doivent  s’organiser en toute liberté, dans des syndicats autonomes et représentatifs. Or cette volonté d’organisation est combattue par le pouvoir RDPC et les autorités administratives qui créent de toute pièce, des syndicats jaunes qu’ils manipulent souvent et qu’ils instrumentalisent pour casser les mouvements de revendications des Moto-taximen. En agissant ainsi, le pouvoir RDPC et les autorités administratives ont rendu les Moto-taximen incontrôlables, car ne se reconnaissent pas dans des syndicats illégitimes et non représentatifs.

Une société sans interlocuteurs légitimes  et représentatifs produit toujours des situations chaotiques et difficilement gérables.

La loi doit être respectée par tous, en commençant par les autorités politiques et administratives. Le territoire kamerunais appartient à tous le Kamerunais, sans exclusive. Nous sommes dans une république et non dans un agrégat de Bantoustans.

Le Manidem exhorte les Moto-taximen à mieux s’organiser afin d’exercer tranquillement, pour le moment, leur profession, dans le strict respect de la loi. Le Manidem exige des gouvernants qu’ils ouvrent immédiatement un dialogue franc, sincère et républicain avec toutes parties en présence.

Le Manidem dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit.

Douala, le 04 janvier 2012

Pour le Manidem
Pierre ABANDA KPAMA           
President National

&

Guillaume NANGA
Secrétaire à l’Organisation
Chargé du Mouvement social

Dernière modification le jeudi, 05 janvier 2012 01:00

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