www.njanguipress.com

Switch to desktop

Articles

Les 100 premiers jours de Paul Biya

En attendant le retour du président : Le président Biya vient de rompre la trêve qu'il s'était imposé depuis juillet 2011, après son dernier voyage officiel en Chine. Ses incessantes et dispendieuses excursions ont repris le 31 janvier dernier, avec son décollage de l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen, pour disent les commentateurs de la Crtv, un bref court séjour privé « en Europe ». Premier mouvement d'envergure dans le cadre des « grandes réalisations » dont les chantiers devaient être enclenchés dès le début de l'année ?

L'observateur ne pourra se contenter que de cette "actualité" présidentielle au moment où le Chef de l'Etat, qui a prêté serment le 3 novembre dernier termine les cent premiers jours de son nouveau septennat hors du Cameroun.

Ce jour là, le président de la République a prêté serment en présence des députés, des membres de la Cour suprême, du corps diplomatique et du gouvernement en terminant son discours par un tonitruant : "L'heure est à l'action". Cent jours plus tard, on ne voit rien venir.

Pourtant, pour ce septennat, le chef de l'Etat n'a laissé paraître aucune hésitation. " Nous savons où nous allons et nous sommes libres de nos choix ". Trois mois après cette énième prestation de serment du président réélu, l'on attend toujours le début de concrétisation des promesses faites par le président de la République sous le label des « grandes réalisations », qui ont remplacé, faute de mieux, les « grandes ambitions ». On croyait pourtant qu'à partir de janvier 2012, le Cameroun sera transformé en un immense chantier ! Ces « grandes réalisations », disait Biya vont prendre corps avec les grands projets structurants dont certains sont déjà en cours d'exécution.

"Lors de la campagne présidentielle de 2004", disait-il au dernier congrès du Rdpc, " j'avais annoncé une politique de « Grandes Ambitions » pour imprimer un nouvel essor à notre économie. La première étape de ce programme fut la stabilisation des finances publiques qui avaient été mises à mal par les effets de la crise et les contraintes de l'ajustement structurel. Aujourd'hui, grâce à une rigueur budgétaire retrouvée, et aux sacrifices consentis par le peuple camerounais, nos finances publiques sont revenues à une meilleure orthodoxie. Tirant les conséquences de cet état de fait, j'ai décidé d'engager le Cameroun dans une nouvelle stratégie pour la Croissance et l'Emploi visant à faire de notre pays, un pays émergent à l'horizon 2035.

Les « Grandes Ambitions » d'hier vont donc devenir les « Grandes Réalisations ». Et à partir de janvier 2012, le Cameroun sera transformé en un immense chantier ! Ces « grandes réalisations » vont prendre corps avec les grands projets structurants dont certains sont déjà en cours d'exécution. Il s'agit, dans le domaine de l'énergie, - des barrages hydroélectriques de Lom Pangar, Memve'ele, et Mekin, Nachtigal et Song Ndockayo ; de la centrale de gaz de Kribi ; de la centrale thermique de Yassa ; du Yard pétrolier de Limbé.

Il s'agit, dans le domaine des transports, de l'aménagement des structures routières, tel le deuxième pont sur le Wouri, des structures portuaires, avec notamment le port en eau profonde de Kribi et celui de Limbé, et aussi des structures ferroviaires destinées à accompagner l'exécution des grands projets porteurs de croissance. Il s'agit également de la reprise des activités d'une Compagnie Nationale de transport aérien avec le lancement de « Camair Co ».".

En décembre dernier, le président, aujourd'hui en bref court séjour privé en Europe, avait réuni son nouveau gouvernement au complet pour une dizaine de minutes. L'homme des Grandes Réalisations a dit en substance à ses collaborateurs : " Le monde moderne n'attend pas. Une fois la décision prise, l'exécution doit suivre sans retards inutiles."

Contrairement à ce qu'on serait en droit d'attendre d'un chef élu sur la base d'un programme, et qui doit l'impulser en conséquence, Biya a plutôt donné un délai de 45 jours aux ministres ahuris, pour établir une feuille de route qui définira les grandes lignes de leur action sur le terrain, eux qui attendaient des instructions relatives aux grandes réalisations promises par le "patron", comme on l'appelle là haut.

Pour mieux tâter le pouls de l'opinion par rapport à un Etat en panne d'idées et d'actions, nous avons donné la parole à quelques leaders politiques.

ebouapaulalainAlain Paul Eboua, Mdp (Mouvement pour la Démocratie et le Progrès) : "On est bien loin du grand dynamisme annoncé".

Comment va le Moungo qui semble être votre fief électoral ?

Le Moungo est à l'image du reste du pays. Il attend les effets des promesses faites pendant la campagne par le RDPC notamment dans le domaine agricole. Vous savez que les populations du Moungo tirent l'essentiel de leurs revenus de l'agriculture. Or quand on prend la filière café, celle ci est aujourd'hui totalement sinistrée. Les planteurs sont abandonnés à eux mêmes. Les prix sont au plus bas tandis que les coûts de productions (intrants) sont inaccessibles. Bref le Moungo ne peut pas se porter bien quand il a mal à son agriculture

Justement le Moungo a été rayé de la carte gouvernementale par le pouvoir Rdpc qui ne lui a concédé aucun ministre lors du dernier remaniement. Que compte faire votre parti pour relancer les activités politiques dans cette région, dans le cadre des consultations électorales à venir ?

Oui c'est vrai qu'à l'issue du dernier remaniement ministériel, le Moungo n'est plus représenté dans le Gouvernement. Ceci étant les ministres lorsqu'ils sont nommés ne le sont pas uniquement pour leurs régions mais pour l'ensemble du pays. Ils ont une mission nationale. Donc le Moungo ne doit pas se sentir orphelin.

En tant que personnalité politique de premier plan, comment jugez-vous les cent premiers jours du président Biya, qui a prêté serment le 3 novembre dernier, avec la perspective des grandes réalisations. Le Cameroun est il déjà en chantier ?

Pour les grandes réalisations annoncées, on ne voit toujours rien venir pour le moment. On en est toujours qu'au stade des annonces en dehors de quelques chantiers comme le port de Kribi qui ont effectivement démarré. En tout cas on est bien loin du grand dynamisme annoncé. 

À quand les investitures dans le Mdp ?

Le MDP est sur le terrain et prépare activement les prochaines consultations. Nous avons tenu notre comité exécutif à Dibombari il y a dizaine de jours et nous avons adopté une feuille de route pour la relance de nos activités dans toutes les localités du département.

kpamaabandaAbanda Kpama, président du Manidem : "Biya gouverne par slogan"

Cent jours après la prestation de serment du président Biya pour un septennat dit des grandes réalisations, on ne voit rien venir. Faut-il encore attendre ?

Les bilans des 100 premiers jours d'un nouvel élu sont une tradition dans toutes les démocraties. 100 jours permettent de voir quelle est la direction que le nouvel élu veut donner à son mandat. Mais comme nous le savons tous, le Kamerun n'est pas une démocratie et M. BIYA n'agit pas en fonction des contraintes du temps. M. Biya a l'éternité pour lui. Il a par exemple annoncé, en octobre, que dès janvier 2012, le Kamerun serait en chantier. Nous sommes en février, aucun des chantiers annoncés n'a démarré. Il faut s'inquiéter de cette habitude que M. Biya a de faire des annonces jamais suivies de réalisations. C'est une gouvernance par slogan. Les grandes ambitions étaient un slogan creux. Il faut espérer que « les grandes réalisations » ne tomberont pas dans les oubliettes.

Le Cameroun est déjà connu pour la richesse de son sous-sol en minerais : fer, cobalt, bauxite, uranium, or, nickel ... Mieux encore, ce pays disposerait d'une réserve importante de diamants. Est-ce selon vous, ce qui fonde le rêve des grandes réalisations ?

« Les grandes réalisations », c'est un slogan. M. Biya et ses amis sont au pouvoir depuis 30 ans. Les richesses minières et autres du Kamerun sont connues depuis l'époque de la colonisation. C'est d'ailleurs ce qui a justifié la guerre que la France a livrée aux nationalistes kamerunais de 1955 à 1971 avec au compteur une centaine de milliers de morts kamerunais. Ni M. Ahidjo, ni M. Biya n'ont été capables de mettre en route une politique industrielle et de développement au profit du Kamerun et des Kamerunais. Une politique industrielle de développement exige d'un pouvoir politique qu'il soit souverain, qu'il élabore une politique lisible et programmée sur la durée, politique qui sera menée avec rigueur et opiniâtreté. Ce n'est malheureusement pas le cas avec le régime Biya.

Mais ces grandes réalisations ne semblent pas bien s'enclencher. Le potentiel énergétique ne bénéficie toujours pas de politique d'exploitation bien définie, le port en eau profonde de Kribi pourrait encore attendre quelques temps, les unités de transformations ne sont pas à l'ordre du jour pour ce qui devrait être un grand projet d'industrialisation du Cameroun. De fait, les grandes réalisations, c'est quoi, que va t-on réaliser ?

La réponse est dans les questions que vous posez. Pour enclencher une politique industrielle viable, il faut au moins trois préalables : Il faut résoudre la question énergétique. Il faut construire les infrastructures de communication. Il faut orienter l'éducation des jeunes vers les techniques et les technologies qui serviront de support à l'industrie. Or, comme vous l'avez si bien noté, le Kamerun, bien que potentiellement riche en ressources énergétiques, a un déficit chronique en énergie électrique avant les grands chantiers de plus de 500 MW. Il faut donc accélérer la réalisation des projets de Lom-Pangar, Song Mbengue et Memvele qui sont déterminants pour la production d'une énergie hydroélectrique à bas prix.

Dans le même temps, les grands projets infrastructurels tels que le Port de Kribi, le Yard pétrolier de Limbé, l'autoroute Douala – Yaoundé Bafoussam – Douala, les chemins de fer Mbalan – Kribi, Bétaré – Oya – Kribi doivent devenir une priorité obsessionnelle des pouvoirs publics.

Sans ces infrastructures et une politique de formation des techniciens et cadres techniques qui répondent aux exigences des industries à venir, il n'y aura aucune industrialisation et donc aucune émergence.

On a parlé de Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) comme une véritable pierre angulaire du développement du pays. La réduction de la pauvreté est elle synonyme de développement ?

Le DSRP traduit une préoccupation qui répond d'ailleurs d'avantage aux injonctions des partenaires en développement qui ont élaboré les Objectifs des Millénaires (OMD). La réduction de la pauvreté y est considérée comme une conséquence de la bonne gouvernance et comme un levier de la croissance en ce sens qu'une population qui sort de l'extrême pauvreté devient attrayante pour les investisseurs. Mais la réduction de la pauvreté n'est pas, du strict point de vue économique, un instrument de politique économique à l'instar de la gestion monétaire par exemple. Ce n'est donc pas avec le DSRP que nous sortirons le Kamerun du sous-développement. D'ailleurs, le fait qu'aucun des objectifs du Millénaire n'ait été atteint par le Kamerun et que nos compatriotes, pour 40% vivent dans l'extrême pauvreté, est bien la preuve que sans développement économiques, il n'y à point de sortie de la misère.

Sans aucune incidence infrastructurelle, le dsrp n'apparait-il pas comme une distraction pour gagner du temps, un peu comme les grandes réalisations ?

Le DSRP, avons-nous dit, est une préoccupation. En revanche le DSCE déroule bien une stratégie pour faire du Kamerun un pays économiquement émergent dans les 25 ans. La vision déclinée dans le DSCE allie aussi bien les préoccupations politiques, culturelles qu'économiques. On doit malheureusement constater que plus de 2 ans après le lancement du DSCE, le Kamerun a pris un énorme retard sur les trois volets du DSCE.

- Sur le plan politique, la démocratie recule, l'Etat de droit reste embryonnaire, les droits de l'Homme sont bafoués, l'insécurité gagne en intensité, partis politiques de l'Opposition et syndicats critiques sont muselés.
- Sur le plan culturel, aucune stratégie de réappropriation de nos cultures n'est mise en place. Nos langues sont délaissées au profit des langues d'occupation coloniale. Nous subissons l'invasion des modèles culturels occidentaux et orientaux. Il n'y a pas jusqu'à l'homosexualité et le crime qui nous sont présentés comme marques de civilisation.
- Sur le plan économique, aucune des prétentions qui ont été annoncées dans le DSCE n'a connu un début de réalisation.

Dans ces conditions, on peut craindre que le DSCE ne devienne lui aussi un simple gadget au service du prince.

Comment rêver dans ce cas, la modernisation économique c'est-à-dire : l'organisation de notre économie par les principes de l'économie de marché ?

L'économie des pays africains et notamment les anciennes colonies françaises, a gardé la même structure depuis l'époque coloniale : les entreprises occidentales viennent extraire des minerais, du bois, du pétrole, de la bauxite, du cacao, les exportent en Occident à l'état brut, gagnent beaucoup d'argent, reversent des royalties à nos Etats et les dirigeants sont heureux. Ce modèle ne produit pas du développement. Au contraire, avec la détérioration des termes de l'échange (échange inégal), on assiste à l'appauvrissement de nos pays bien que localement, une bourgeoisie bureaucratique et commerçante se développe.

Pour inverser cet état de choses, il faut que nos Etats se dotent de pouvoirs légitimes et patriotiques qui pourraient mener des politiques économiques et culturelles résolument tournées vers la satisfaction des besoins fondamentaux de nos populations et de nos entreprises.

-Pendant que le Cameroun s'appauvrit, le business demeure rentable pour les entreprises françaises. Le 05 janvier dernier le président du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), Alexandre Vilgrain, se frottait les mains : "Une fois encore, la bonne santé de nos entreprises en Afrique ne se dément pas", expliquait-t-il dans l'introduction du rapport 2012 de son organisation. Sommes-nous toujours une bonne vache à lait ?

Vous avez parfaitement raison. Sans une politique opiniâtre, déterminée et lucide d'industrialisation, nos pays resteront des gisements de matières premières pour les multinationales occidentales. On ne connaît aucun pays qui se soit développé sans passer par l'industrialisation. Les grandes réalisations de M. BIYA ne peuvent donc n'être qu'un appendice d'une politique industrielle dans la mesure où les réalisations concernent les infrastructures énergétiques, de communication et de télécommunication.

-La croissance économique du Cameroun est au ralenti, au moment ou l'on nous vend les grandes réalisations qui pourraient résulter davantage de la perspective d'exportation massive des matières premières que de dynamiques internes. Les besoins en industrialisation et en investissement demeurent donc primordiaux ! Le pouvoir est il capable d'un sursaut d'énergie porté par une grande vision ?

Le problème majeur avec le régime de M. Biya c'est qu'il n'a donné, en 30 ans, aucun signe de capacité à faire du Kamerun un grand pays. Le régime de M. Biya a pataugé dans le déni de modernité et le refus du progrès. Il n'y aura aucun miracle sous le nième mandat de M. Biya. Nous ne croyons pas M. Biya capable de sursaut. Plus que jamais, un changement politique s'impose dans ce pays pour qu'il ne sombre pas dans l'abîme.

Dites-moi président. En cent jours, il n'y a rien à voir. En sept ans auront-nous du pain sur la planche ? À quand le réveil du lion ?

Le lion Biya ne se réveille que lorsque son pouvoir semble menacé. Il est dans un long et profond sommeil. Saura-t-il quitter les affaires avant que les affaires ne le quittent ? C'est mon plus grand souhait.

Propos recueillis par Eyoum' a Tchaley

Articles

Les 100 premiers jours de Paul Biya

En attendant le retour du président : Le président Biya vient de rompre la trêve qu'il s'était imposé depuis juillet 2011, après son dernier voyage officiel en Chine. Ses incessantes et dispendieuses excursions ont repris le 31 janvier dernier, avec son décollage de l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen, pour disent les commentateurs de la Crtv, un bref court séjour privé « en Europe ». Premier mouvement d'envergure dans le cadre des « grandes réalisations » dont les chantiers devaient être enclenchés dès le début de l'année ?

L'observateur ne pourra se contenter que de cette "actualité" présidentielle au moment où le Chef de l'Etat, qui a prêté serment le 3 novembre dernier termine les cent premiers jours de son nouveau septennat hors du Cameroun.

Ce jour là, le président de la République a prêté serment en présence des députés, des membres de la Cour suprême, du corps diplomatique et du gouvernement en terminant son discours par un tonitruant : "L'heure est à l'action". Cent jours plus tard, on ne voit rien venir.

Pourtant, pour ce septennat, le chef de l'Etat n'a laissé paraître aucune hésitation. " Nous savons où nous allons et nous sommes libres de nos choix ". Trois mois après cette énième prestation de serment du président réélu, l'on attend toujours le début de concrétisation des promesses faites par le président de la République sous le label des « grandes réalisations », qui ont remplacé, faute de mieux, les « grandes ambitions ». On croyait pourtant qu'à partir de janvier 2012, le Cameroun sera transformé en un immense chantier ! Ces « grandes réalisations », disait Biya vont prendre corps avec les grands projets structurants dont certains sont déjà en cours d'exécution.

"Lors de la campagne présidentielle de 2004", disait-il au dernier congrès du Rdpc, " j'avais annoncé une politique de « Grandes Ambitions » pour imprimer un nouvel essor à notre économie. La première étape de ce programme fut la stabilisation des finances publiques qui avaient été mises à mal par les effets de la crise et les contraintes de l'ajustement structurel. Aujourd'hui, grâce à une rigueur budgétaire retrouvée, et aux sacrifices consentis par le peuple camerounais, nos finances publiques sont revenues à une meilleure orthodoxie. Tirant les conséquences de cet état de fait, j'ai décidé d'engager le Cameroun dans une nouvelle stratégie pour la Croissance et l'Emploi visant à faire de notre pays, un pays émergent à l'horizon 2035.

Les « Grandes Ambitions » d'hier vont donc devenir les « Grandes Réalisations ». Et à partir de janvier 2012, le Cameroun sera transformé en un immense chantier ! Ces « grandes réalisations » vont prendre corps avec les grands projets structurants dont certains sont déjà en cours d'exécution. Il s'agit, dans le domaine de l'énergie, - des barrages hydroélectriques de Lom Pangar, Memve'ele, et Mekin, Nachtigal et Song Ndockayo ; de la centrale de gaz de Kribi ; de la centrale thermique de Yassa ; du Yard pétrolier de Limbé.

Il s'agit, dans le domaine des transports, de l'aménagement des structures routières, tel le deuxième pont sur le Wouri, des structures portuaires, avec notamment le port en eau profonde de Kribi et celui de Limbé, et aussi des structures ferroviaires destinées à accompagner l'exécution des grands projets porteurs de croissance. Il s'agit également de la reprise des activités d'une Compagnie Nationale de transport aérien avec le lancement de « Camair Co ».".

En décembre dernier, le président, aujourd'hui en bref court séjour privé en Europe, avait réuni son nouveau gouvernement au complet pour une dizaine de minutes. L'homme des Grandes Réalisations a dit en substance à ses collaborateurs : " Le monde moderne n'attend pas. Une fois la décision prise, l'exécution doit suivre sans retards inutiles."

Contrairement à ce qu'on serait en droit d'attendre d'un chef élu sur la base d'un programme, et qui doit l'impulser en conséquence, Biya a plutôt donné un délai de 45 jours aux ministres ahuris, pour établir une feuille de route qui définira les grandes lignes de leur action sur le terrain, eux qui attendaient des instructions relatives aux grandes réalisations promises par le "patron", comme on l'appelle là haut.

Pour mieux tâter le pouls de l'opinion par rapport à un Etat en panne d'idées et d'actions, nous avons donné la parole à quelques leaders politiques.

ebouapaulalainAlain Paul Eboua, Mdp (Mouvement pour la Démocratie et le Progrès) : "On est bien loin du grand dynamisme annoncé".

Comment va le Moungo qui semble être votre fief électoral ?

Le Moungo est à l'image du reste du pays. Il attend les effets des promesses faites pendant la campagne par le RDPC notamment dans le domaine agricole. Vous savez que les populations du Moungo tirent l'essentiel de leurs revenus de l'agriculture. Or quand on prend la filière café, celle ci est aujourd'hui totalement sinistrée. Les planteurs sont abandonnés à eux mêmes. Les prix sont au plus bas tandis que les coûts de productions (intrants) sont inaccessibles. Bref le Moungo ne peut pas se porter bien quand il a mal à son agriculture

Justement le Moungo a été rayé de la carte gouvernementale par le pouvoir Rdpc qui ne lui a concédé aucun ministre lors du dernier remaniement. Que compte faire votre parti pour relancer les activités politiques dans cette région, dans le cadre des consultations électorales à venir ?

Oui c'est vrai qu'à l'issue du dernier remaniement ministériel, le Moungo n'est plus représenté dans le Gouvernement. Ceci étant les ministres lorsqu'ils sont nommés ne le sont pas uniquement pour leurs régions mais pour l'ensemble du pays. Ils ont une mission nationale. Donc le Moungo ne doit pas se sentir orphelin.

En tant que personnalité politique de premier plan, comment jugez-vous les cent premiers jours du président Biya, qui a prêté serment le 3 novembre dernier, avec la perspective des grandes réalisations. Le Cameroun est il déjà en chantier ?

Pour les grandes réalisations annoncées, on ne voit toujours rien venir pour le moment. On en est toujours qu'au stade des annonces en dehors de quelques chantiers comme le port de Kribi qui ont effectivement démarré. En tout cas on est bien loin du grand dynamisme annoncé. 

À quand les investitures dans le Mdp ?

Le MDP est sur le terrain et prépare activement les prochaines consultations. Nous avons tenu notre comité exécutif à Dibombari il y a dizaine de jours et nous avons adopté une feuille de route pour la relance de nos activités dans toutes les localités du département.

kpamaabandaAbanda Kpama, président du Manidem : "Biya gouverne par slogan"

Cent jours après la prestation de serment du président Biya pour un septennat dit des grandes réalisations, on ne voit rien venir. Faut-il encore attendre ?

Les bilans des 100 premiers jours d'un nouvel élu sont une tradition dans toutes les démocraties. 100 jours permettent de voir quelle est la direction que le nouvel élu veut donner à son mandat. Mais comme nous le savons tous, le Kamerun n'est pas une démocratie et M. BIYA n'agit pas en fonction des contraintes du temps. M. Biya a l'éternité pour lui. Il a par exemple annoncé, en octobre, que dès janvier 2012, le Kamerun serait en chantier. Nous sommes en février, aucun des chantiers annoncés n'a démarré. Il faut s'inquiéter de cette habitude que M. Biya a de faire des annonces jamais suivies de réalisations. C'est une gouvernance par slogan. Les grandes ambitions étaient un slogan creux. Il faut espérer que « les grandes réalisations » ne tomberont pas dans les oubliettes.

Le Cameroun est déjà connu pour la richesse de son sous-sol en minerais : fer, cobalt, bauxite, uranium, or, nickel ... Mieux encore, ce pays disposerait d'une réserve importante de diamants. Est-ce selon vous, ce qui fonde le rêve des grandes réalisations ?

« Les grandes réalisations », c'est un slogan. M. Biya et ses amis sont au pouvoir depuis 30 ans. Les richesses minières et autres du Kamerun sont connues depuis l'époque de la colonisation. C'est d'ailleurs ce qui a justifié la guerre que la France a livrée aux nationalistes kamerunais de 1955 à 1971 avec au compteur une centaine de milliers de morts kamerunais. Ni M. Ahidjo, ni M. Biya n'ont été capables de mettre en route une politique industrielle et de développement au profit du Kamerun et des Kamerunais. Une politique industrielle de développement exige d'un pouvoir politique qu'il soit souverain, qu'il élabore une politique lisible et programmée sur la durée, politique qui sera menée avec rigueur et opiniâtreté. Ce n'est malheureusement pas le cas avec le régime Biya.

Mais ces grandes réalisations ne semblent pas bien s'enclencher. Le potentiel énergétique ne bénéficie toujours pas de politique d'exploitation bien définie, le port en eau profonde de Kribi pourrait encore attendre quelques temps, les unités de transformations ne sont pas à l'ordre du jour pour ce qui devrait être un grand projet d'industrialisation du Cameroun. De fait, les grandes réalisations, c'est quoi, que va t-on réaliser ?

La réponse est dans les questions que vous posez. Pour enclencher une politique industrielle viable, il faut au moins trois préalables : Il faut résoudre la question énergétique. Il faut construire les infrastructures de communication. Il faut orienter l'éducation des jeunes vers les techniques et les technologies qui serviront de support à l'industrie. Or, comme vous l'avez si bien noté, le Kamerun, bien que potentiellement riche en ressources énergétiques, a un déficit chronique en énergie électrique avant les grands chantiers de plus de 500 MW. Il faut donc accélérer la réalisation des projets de Lom-Pangar, Song Mbengue et Memvele qui sont déterminants pour la production d'une énergie hydroélectrique à bas prix.

Dans le même temps, les grands projets infrastructurels tels que le Port de Kribi, le Yard pétrolier de Limbé, l'autoroute Douala – Yaoundé Bafoussam – Douala, les chemins de fer Mbalan – Kribi, Bétaré – Oya – Kribi doivent devenir une priorité obsessionnelle des pouvoirs publics.

Sans ces infrastructures et une politique de formation des techniciens et cadres techniques qui répondent aux exigences des industries à venir, il n'y aura aucune industrialisation et donc aucune émergence.

On a parlé de Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) comme une véritable pierre angulaire du développement du pays. La réduction de la pauvreté est elle synonyme de développement ?

Le DSRP traduit une préoccupation qui répond d'ailleurs d'avantage aux injonctions des partenaires en développement qui ont élaboré les Objectifs des Millénaires (OMD). La réduction de la pauvreté y est considérée comme une conséquence de la bonne gouvernance et comme un levier de la croissance en ce sens qu'une population qui sort de l'extrême pauvreté devient attrayante pour les investisseurs. Mais la réduction de la pauvreté n'est pas, du strict point de vue économique, un instrument de politique économique à l'instar de la gestion monétaire par exemple. Ce n'est donc pas avec le DSRP que nous sortirons le Kamerun du sous-développement. D'ailleurs, le fait qu'aucun des objectifs du Millénaire n'ait été atteint par le Kamerun et que nos compatriotes, pour 40% vivent dans l'extrême pauvreté, est bien la preuve que sans développement économiques, il n'y à point de sortie de la misère.

Sans aucune incidence infrastructurelle, le dsrp n'apparait-il pas comme une distraction pour gagner du temps, un peu comme les grandes réalisations ?

Le DSRP, avons-nous dit, est une préoccupation. En revanche le DSCE déroule bien une stratégie pour faire du Kamerun un pays économiquement émergent dans les 25 ans. La vision déclinée dans le DSCE allie aussi bien les préoccupations politiques, culturelles qu'économiques. On doit malheureusement constater que plus de 2 ans après le lancement du DSCE, le Kamerun a pris un énorme retard sur les trois volets du DSCE.

- Sur le plan politique, la démocratie recule, l'Etat de droit reste embryonnaire, les droits de l'Homme sont bafoués, l'insécurité gagne en intensité, partis politiques de l'Opposition et syndicats critiques sont muselés.
- Sur le plan culturel, aucune stratégie de réappropriation de nos cultures n'est mise en place. Nos langues sont délaissées au profit des langues d'occupation coloniale. Nous subissons l'invasion des modèles culturels occidentaux et orientaux. Il n'y a pas jusqu'à l'homosexualité et le crime qui nous sont présentés comme marques de civilisation.
- Sur le plan économique, aucune des prétentions qui ont été annoncées dans le DSCE n'a connu un début de réalisation.

Dans ces conditions, on peut craindre que le DSCE ne devienne lui aussi un simple gadget au service du prince.

Comment rêver dans ce cas, la modernisation économique c'est-à-dire : l'organisation de notre économie par les principes de l'économie de marché ?

L'économie des pays africains et notamment les anciennes colonies françaises, a gardé la même structure depuis l'époque coloniale : les entreprises occidentales viennent extraire des minerais, du bois, du pétrole, de la bauxite, du cacao, les exportent en Occident à l'état brut, gagnent beaucoup d'argent, reversent des royalties à nos Etats et les dirigeants sont heureux. Ce modèle ne produit pas du développement. Au contraire, avec la détérioration des termes de l'échange (échange inégal), on assiste à l'appauvrissement de nos pays bien que localement, une bourgeoisie bureaucratique et commerçante se développe.

Pour inverser cet état de choses, il faut que nos Etats se dotent de pouvoirs légitimes et patriotiques qui pourraient mener des politiques économiques et culturelles résolument tournées vers la satisfaction des besoins fondamentaux de nos populations et de nos entreprises.

-Pendant que le Cameroun s'appauvrit, le business demeure rentable pour les entreprises françaises. Le 05 janvier dernier le président du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), Alexandre Vilgrain, se frottait les mains : "Une fois encore, la bonne santé de nos entreprises en Afrique ne se dément pas", expliquait-t-il dans l'introduction du rapport 2012 de son organisation. Sommes-nous toujours une bonne vache à lait ?

Vous avez parfaitement raison. Sans une politique opiniâtre, déterminée et lucide d'industrialisation, nos pays resteront des gisements de matières premières pour les multinationales occidentales. On ne connaît aucun pays qui se soit développé sans passer par l'industrialisation. Les grandes réalisations de M. BIYA ne peuvent donc n'être qu'un appendice d'une politique industrielle dans la mesure où les réalisations concernent les infrastructures énergétiques, de communication et de télécommunication.

-La croissance économique du Cameroun est au ralenti, au moment ou l'on nous vend les grandes réalisations qui pourraient résulter davantage de la perspective d'exportation massive des matières premières que de dynamiques internes. Les besoins en industrialisation et en investissement demeurent donc primordiaux ! Le pouvoir est il capable d'un sursaut d'énergie porté par une grande vision ?

Le problème majeur avec le régime de M. Biya c'est qu'il n'a donné, en 30 ans, aucun signe de capacité à faire du Kamerun un grand pays. Le régime de M. Biya a pataugé dans le déni de modernité et le refus du progrès. Il n'y aura aucun miracle sous le nième mandat de M. Biya. Nous ne croyons pas M. Biya capable de sursaut. Plus que jamais, un changement politique s'impose dans ce pays pour qu'il ne sombre pas dans l'abîme.

Dites-moi président. En cent jours, il n'y a rien à voir. En sept ans auront-nous du pain sur la planche ? À quand le réveil du lion ?

Le lion Biya ne se réveille que lorsque son pouvoir semble menacé. Il est dans un long et profond sommeil. Saura-t-il quitter les affaires avant que les affaires ne le quittent ? C'est mon plus grand souhait.

Propos recueillis par Eyoum' a Tchaley

© 2011-2013 Njangui Press, une propriété de Cyrcom Images & Sons. Tous droits réservés.

Top Desktop version