Selon M. Nyamsi cependant il s'agit plutôt de réunir acteurs et théoriciens dans un dialogue au bénéfice d'une politique raisonnable au profit de l'Afrique.
L'escroquerie de l'élite africaine
L'auteur se révèle être en réalité un escroc. Car, sous couvert de volonté progressiste, sa tribune tente de justifier sa position favorable à Alassane Ouattara et aux houphouétistes durant la phase éruptive du conflit ivoirien, fin provisoire d'une longue crise que certains font remonter à la mort du dictateur Félix Houphouët-Boigny en décembre 1993.
Il faut néanmoins retourner plus loin dans l'histoire pour rappeler que Houphouët-Boigny a préparé les difficultés actuelles de la Côte d'Ivoire en choisissant le camp des exploiteurs de l'Afrique (les puissantes organisations capitalistes occidentales) contre les Africains aspirant à une gestion autonome garantissant l'émancipation économique rapide des populations (Kwame Nkrumah, Ruben Um Nyobe, etc.) au moment des indépendances en 1960.
Cinquante ans après, le camp des Africains ralliés au néocolonialisme que dirigeait Houphouët et qui comprenait des gens comme Ahmadou Ahidjo, Léopold Sédar Senghor, Léon Mba, Gnassingbé Eyadéma, etc. est toujours au pouvoir. Pourtant, son option politique a montré sa faillite. Presque tous les pays du pré carré français (comme ailleurs) sont économiquement arriérés, leurs populations sont pauvres et leurs régimes autocratiques.
En comparaison, la Corée du Sud qui était à un niveau de développement équivalent, a grandi de tous points de vue. La Côte d'Ivoire, leader de l'Afrique francophone noire pro-occidentale, en revanche, demeure sous-développée. Rongée par une corruption endémique des élites politiques, ce pays sert toujours comme comptoir colonial, les houphouétistes n'ayant pas développé une économie industrielle, tournée vers l'intégration africaine, et indépendante du contrôle français via le franc Cfa. Cette machine économique est seule capable d'émanciper la Côte d'Ivoire.
C'est ce que Tchundjang Pouemi a dit à Houphouët-Boigny qui l'avait consulté (voir l'ouvrage de ce Kamerunais intitulé : Monnaie, servitude ou liberté). Faute de l'avoir écouté, la Côte d'Ivoire, enviée par ses voisins à cause de son mirage de réussite dans un océan de misère, est devenue insolvable à la première secousse qui survint fin des années 1980 avec la baisse des cours des produits de base comme le cacao, première richesse de ce pays.
Un échec patent de l'houphouétisme
Tel est donc le problème ivoirien et africain. L'houphouétisme, comme l'aujoulatisme au Kamerun est un choix anti-africain. Dès lors, comment comprendre que le tandem Soro-Nyamsi qui dit pourtant se battre pour le bien des Africains fasse ce choix ? Au fond, eux seuls devraient donner une réponse.
Il apparaît cependant clairement que leur choix est dicté par leur intérêt de membre de l'élite africaine corrompue. À Abidjan comme à Yaoundé, ils sont nombreux qui ne rêvent que de prendre la place du président-dictateur de l'heure. C'est ce qu'a fait Guillaume Soro. Comme ses homologues kamerunais, il n'hésite pas à instrumentaliser les appartenances tribales qui ont donné le prétexte de la guerre contre Laurent Gbagbo et son régime. Lequel pourtant, présentait des dispositions pour laisser la Côte d'Ivoire rentrer dans une transition vers la démocratie et un régime plus socialement juste après le système de rapine qui a permis à Houphouët de bâtir en Afrique noire le plus vaste lieu de culte...chrétien, pour sa propre gloire.
La basilique de Yamoussoukro a coûté 200 milliards de Fcfa non dévalués ou le double dit-on encore. Presque personne (sauf les opposants progressistes africains comme Gbagbo) n'a pourtant trouvé scandaleux qu'on puisse dépenser autant d'argent alors que les entreprises publiques ivoiriennes allaient être privatisées, le système de santé et d'éducation saccagé, les paysans pauvres abandonnés après avoir enrichi une bourgeoisie gavée et non rassasiée de privilèges... Au point que la Côte d'Ivoire est aujourd'hui classée parmi les pays pauvres très endettés.
Si l'arrivée de Laurent Gbagbo au pouvoir ne s'est pas faite de la manière la plus démocratique, il faut souligner que le président déchu a reconnu les victoires électorales du RDR. (Voir en général le résumé plutôt équilibré de l'histoire politique ivoirienne sur le site http://www.afrique-express.com/). De 1993 à 2010, Robert Gueï, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, tous houphouétistes bien qu'en mésentente, s'étaient comportés comme les voleurs de l'âne dans la fable, toutes proportions gardées. Pendant leur bataille de succession, l'imprévu est arrivé.
Etait-ce si difficile de se donner le temps de revenir au pouvoir par les urnes ? Gbagbo, opposant historique à l'houphouétisme, est certes coupable de n'avoir pas choisi clairement de détruire dès le départ de son action gouvernementale le lien malfaisant entre la Françafrique et son pays. Mais, peut-on, en se fondant sur cette grave faute, soutenir ses adversaires ? Notre réponse est non.
Solutions possibles
Contrairement à nos adversaires qui nous accusent de dogmatisme, nous considérons que Laurent Gbagbo aurait été une solution transitoire en Côte d'Ivoire où la discussion, sans compromission toutefois, s'impose. Les héritiers d'Houphouët-Boigny auraient dû reconnaître que leur groupe à la base de la droite anti-populaire africaine s'est trompé. Au lieu de cela, ils ont choisi de porter des armes contre leurs compatriotes au profit de qui on sait, comme nous l'avons déjà dit.
Il faudra pourtant que les militants du Fpi (le parti de M. Gbagbo) et d'autres Ivoiriens opposés à l'houphouétisme, discutent avec ces gens, tout en préparant leurs compatriotes à changer démocratiquement leur société par une mobilisation populaire (syndicats, associations, médias, etc.). Pour permettre d'alimenter le débat public en Côte d'Ivoire et en Afrique voici d'ailleurs quelques questions adressées à MM. Soro et Nyamsi en espérant que leurs réponses (ou leur mutisme) éclaireront nos aspirations au progrès de l'Afrique :

Franklin Nyamsi, " agrégé de philosophie ", a signé le 7 juillet 2012 , après avoir rencontré à Paris en France le président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire Guillaume Soro,